9/10L'art russe dans la seconde moitié du XIXe siècle - Musée d'Orsay

/ Critique - écrit par Danorah, le 01/01/2006
Notre verdict : 9/10 - 1001 merveilles (Ecrivez votre critique)

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Le hasard fait parfois bien les choses. C'est sans grande attente que je me suis rendue au musée d'Orsay pour l'exposition L'art russe dans la seconde moitié du XIXe siècle : en quête d'identité. « Et pourquoi pas un séminaire sur la culture de la betterave dans la région champenoise entre 1947 et 1972 ? » me demanderont les plus sceptiques... Hé bien d'une part parce que les betteraves ne font pas pour moi l'objet d'un amour démesuré ; et d'autre part parce qu'au vu de la présentation qu'en faisait le site web du musée d'Orsay, l'exposition ne pouvait être qu'intéressante. Et autant vous le dire tout de suite, je n'ai pas été déçue.

Faisons malgré tout preuve d'un minimum de sens critique, et interrogeons-nous : pourquoi les organisateurs ont-ils choisi un sujet qui nous paraît à nous, pauvres néophytes, aussi restreint ? Tout simplement parce qu'ils connaissent leur métier ! Il y a largement matière à construire une exposition portant sur l'art russe dans la deuxième moitié du XIXe siècle, et, encore mieux, il y a de quoi faire quelque chose de passionnant et de magnifique. Pour la plupart des Occidentaux (pour moi en tout cas), l'art russe n'est pas beaucoup plus familier que la culture de la betterave évoquée plus haut... voire moins. Cette exposition est l'occasion rêvée pour en apprendre un peu plus, puisqu'elle se focalise sur une période de grand bouleversement artistique en Russie. Las des techniques occidentales enseignées dans les académies, certains peintres russes entreprennent un retour aux sources de l'identité artistique russe : le sentiment national, la tradition populaire et la mythologie russes sont à nouveau à l'honneur, ce qui donne naissance au courant dit « néo-russe ». Voilà pour un bref (très bref) aperçu de la situation historique.

L'exposition en elle-même est divisée en trois grandes parties. La première (et, à mon sens, la plus intéressante) est largement consacrée à la peinture, mettant à la disposition de vos yeux émerveillés des trésors de l'art pictural russe... Entre le réalisme des représentations de la vie quotidienne et l'imaginaire transportant des contes de fées russes, difficile de savoir où donner de la tête. Les portraits sont saisissants, plus vivants et réels qu'une photographie, les regards captivants, les gestes naturels et pris sur le vif. Un tableau en particulier retiendra mon attention : il s'agit d'Ivan Tsarevitch sur le loup gris de Vasnetsov, inspiré d'un conte populaire et renversant de délicatesse, de rêve et de magie. Outre les tableaux, sont exposés des objets traditionnels minutieusement travaillés, chatoyants et joliment tarabiscotés, des tapisseries et autres maquettes de villages typiques. Une salle est consacrée à l'architecture russe, et l'on peut également admirer quelques sculptures. La seconde partie de l'exposition est entièrement dédiée à la photographie. Proposant de très beaux clichés, elle est judicieusement intitulée « l'âme russe révélée », et nous entraîne au plus profond de la population et des coutumes russes, ne nous épargnant ni les bagnards, ni la pauvreté, mais nous offrant une vue imprenable sur un pays trop méconnu. Enfin, les arts graphiques - c'est-à-dire, grosso modo, les dessins - constituent la troisième et dernière partie de l'exposition. Impossible de ne pas être séduit par les couleurs et l'atmosphère de ces images (notamment celles de Bilibine), teintées de douceur, de naïveté et de merveilleux.

L'art russe, trop peu connu des occidentaux, gagne à être exploré et inséré dans un cadre socio-historique. C'est chose faite grâce à cette exposition, qui ne devrait pas être oubliée de si tôt. Des tableaux d'une beauté stupéfiante, et rares - certaines oeuvres quittaient la Russie pour la première fois - des photographies émouvantes, des images féeriques... Voilà tout ce que vous trouverez dans cette exposition, qui nous prouve une fois encore qu'au-delà de nos frontières européennes et de notre petit monde bien ordinaire, existent des trésors, tant artistiques que culturels et humains.

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