8/10Barberousse - Montpellier

/ Critique - écrit par Daggy, le 16/07/2005
Notre verdict : 8/10 - Etre un pirate, ça s'arrose (Ecrivez votre critique)

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En plein centre de Montpellier, à quelques pas de la place de la Comédie, dans la rue Boussairolles, une enseigne banale portant le nom "Le Barberousse" est plantée au-dessus d'une devanture de bois tout aussi commune. Devant l'entrée de cette porte, un moussaillon plutôt costaud assure l'accueil des futurs passagers. "Passagers", vous me direz ? On ne dirait pas à la voir depuis l'extérieur, mais cette porte est un peu magique : elle conduit directement dans la cale d'un navire. Et pas n'importe lequel : celui du célèbre pirate Barberousse !


Pour accéder à cet endroit caché dans les abysses de la ville, le passager doit descendre un double escalier étroit aux marches craquantes, pressurées par des murs parés de détails décoratifs qui mettent dans l'ambiance, tels que des filets de pécheurs ou des plans de bateaux. Passé la petite surprise de cette immersion, une plus grande attend le passager lorsqu'il découvre enfin la cale aménagée en bar... ou devrais-je dire : le bar aménagé en cale ?

La salle sur laquelle l'escalier donne est constituée de deux compartiments (le second, dans le même prolongement, n'étant ouvert que plus tard dans la soirée). Cette salle paraît restreinte et elle le semble encore plus lorsqu'il y a affluence. Mais l'espace a surtout l'air confiné parce que la décoration est fouillée et complexe. Là aussi, on peut souligner l'effort qui a été fait pour simuler de possibles cales de bateau avec tous les accessoires imaginables, mais répartis esthétiquement. L'armature architecturale du Barberousse, de l'intérieur de la coque au plancher, est faite d'un bois robuste et authentique (entendez par là : "gros volets de vieille maison", dixit une des barwomen). De grands tonneaux servent de table et c'est debout que l'on consomme un verre. Autant vous dire que si vous voulez profiter des quelques tabourets du Barberousse, il vous faudra sûrement provoquer en duel l'un de ses occupants car les places assises sont rares. Au milieu de l'éclairage tamisé des fausses lampes à alcool, de nombreux éléments ornementaux rendent le lieu palpitant et l'oeil ne cesse de le parcourir, scrutant les détails : de vieux livres posés sur des étagères, de multiples cordages, de vieilles cartes maritimes et des portraits de navigateurs, des rapières s'entrecroisant, des pistolets de pirate... Manquerait presque un rat ou deux et le parfum de la poudre à canon pour que l'illusion soit parfaite.


Du côté des longs comptoirs (un par compartiment), on notera les gouvernails de cuivre encastrés en guise de pompe à pression. Les effets d'éclairage sur les étagères en bois contenant diverses bouteilles évoquent la lumière de lunes multicolores se réfléchissant sur un océan un peu agité. Des cordages entremêlés retiennent de grosses touques de verre retournées et dans chacune desquelles on peut voir du rhum blanc macèrer avec des fruits, des épices ou des plantes, créant ainsi des cocktails aromatisés plus ou moins surprenants. Outre un cadre inhabituel, c'est la variété de ce breuvage prisé des pirates qui fait toute la particularité du Barberousse.

Ainsi, le rhum se voit arrangé à une foule de saveurs : cannelle, citron, fraise, banane, kiwi, noix, pistache (mon préféré)... Evidemment, il vous faudra plus d'un voyage pour goûter aux quelques 70 parfums proposés, sans compter les divers rhums non arrangés d'origines diverses. A ce sujet, les prix sont accessibles : 2 euros par shooter (petit verre de 2 cl avec de très gros glaçons dedans... trop gros même), 10 euros par bouteille de planteur. Pour un endroit fréquenté par des p'tites canailles, on ne va pas se plaindre. Les passagers qui embarquent sur le Barberousse étant principalement des étudiants, on ne ressort pas trop détrousser de cette cale. Il n'est d'ailleurs pas rare qu'un des membres de l'équipage offre au nouveau venu un shooter. Et si vous avez les papilles aiguisées, que vous reconnaissez l'ingrédient qui accompagne le rhum, vous êtes certain d'en gagner un second. Cela entretient la bonne ambiance et surtout, vous pousse subrepticement à la consommation. Prudence et modération sont donc de mise pour ne pas finir sous le comptoir, plein à raz bord tel une barrique. Je rassure cependant ceux qui ne sont pas friands de rhum (c'est quand même dommage) ou qui ont fait voeu d'allégeance à l'eau de source (c'est tout à votre honneur^^) : des boissons plus conventionnelles sont bien entendu disponibles. Vous n'aurez donc pas d'excuse pour vous embarquer dans la cale de ce navire aux côtés de vos compagnons.


Deux moments rythment la soirée, entre mer calme et mer houleuse. L'apéro, à partir de 18h, est le moment idéal pour tenter une première traversée et profiter pleinement du Barberousse, ouvert tous les jours, sauf le dimanche. La musique est éclectique et pas trop forte. Le breuvage que vous aurez choisi est toujours accompagné d'amuse-gueules (cubes de fromage, petits toasts, surimi...). C'est agréable de se réunir avec quelques camarades et de boire un coup avant d'aller prendre un copieux repas dans un bon resto. Car passée l'heure de l'apéritif, c'est l'abordage ! Tributaire de son succès, la cale de Barberousse se retrouve rapidement inondée de monde et ce, jusqu'à 1h du matin (2h en été). La musique sonne un peu plus forte, les conversations sont plus bruyantes, l'accès aux quatre coins de la cale se fait plus délicat. Si vous n'êtes pas en groupe, vous risquez de vous sentir un filet étouffé. Mais si vous cherchez de la compagnie, ce genre de climat vous amènera à faire connaissance plus rapidement avec le reste de l'équipage et ses passagers, toujours partant pour engager la conversation. Et qui sait...

Après Montpellier, Bordeaux devrait incessamment sous peu être la nouvelle escale de ce concept "Bar Pirate", né de l'imagination de Claude Matencio, propriétaire grenoblois du premier Barberousse. Toulouse serait aussi une des futures destinations envisagées. Patience donc pour les casaniers de leur région qui, sans trop se déplacer, aimeraient bien que le navire de Barberousse jette l'ancre dans leur port et les amène à réveiller le flibustier qui sommeille en chacun de nous.

Et en bonus, sachez que Barberousse existe aussi à Grenoble. Rendez-vous au 3, rue Jean-François Hache pour des aventures bien arrangées.

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