6.5/10Baver Précis

/ Critique - écrit par wqw..., le 09/04/2007
Notre verdict : 6.5/10 - Essuie ta bouche (Ecrivez votre critique)

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Une chorégraphie autogérée, corrigée par chacune des têtes pensantes sans hiérarchie. Un projet libertaire qui cultive les contradictions, les singularités.

Il n'est pas toujours facile pour un novice (mais parfois même pour une personne plus aguerrie...) d'appréhender une présentation de danse contemporaine, parfois revendiqué même comme "non-danse". Qu'est-ce alors ? Du théâtre ? De la performance ? De la danse ? Un peu tout ça en fait ; on pourrait parler de théâtre de corps. Rendez-vous donc était fixé au Point Ephémère, petite salle, une cinquantaine de place sur tatamis pour assister à Baver précis, création de Anne Lenglet, que l'on a pu récemment croiser dans 9, pièce de Loïc Touzé, et Margot Videcoq qui a collaboré notamment avec Nathalie Collantès sur Vertus.


Baver Précis
Conçu dans le cadre de la formation Essais du Centre National de Danse Contemporaine d'Angers, lors d'un travail autour de l'autoportrait avec l'américaine Deborah Hay, les deux jeunes femmes imaginent par la suite un duo, fruit de cette expérience : Baver précis. La salle plongée dans le noir, découvre ainsi progressivement le premier tableau de ce diptyque d'inspiration montagnarde : autistes balanciers et positions improbables sur skis, pluie de balles de ping-pong comme flocons indisciplinés ou brebis égarées dont les bêlements se transforment en chant nasillard d'une contrée improbable entre Chine, Maghreb et Europe Centrale... C'est également une étude sur le sommeil, les souvenirs, comme ces tortues de Guyane en train de pondre, Roland Barthes ou Murnau... Un savant équilibre entre énergie et contemplation... le somnambulisme des fous.


Baver Précis
Pour cette résidence au Point Ephémère, les baveuses poussent le concept plus loin et se voient confrontées au batteur et designer sonore chilien Cristián Sotomayor, membre du collectif RadioRuido, qui joue notamment aux côtés de Seb Martel et dont le rôle devient significatif durant la deuxième partie de ce spectacle. Un volet définitivement ancré dans la musique : Sotomayor prend position derrière son instrument de prédilection et imprime une rythmique qui se voit perturber par la subtilisation progressive des différents éléments de sa batterie ou la chute (à nouveau) de balles de ping-pong qui résonnent alors de manière anarchique sur cymbales et caisse claire. Une petite mélodie de glockenspiel, une sieste au son de flûtes à bec capricieuses, danses convulsives, et voici un nouveau portrait ou plutôt un troisième regard, nouveau perturbateur de cet espace de création.

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Baver Précis
Car c'est finalement l'essence même de Baver précis. Un lieu d'échange, une chorégraphie autogérée, corrigée par chacune des têtes pensantes sans hiérarchie. Un projet libertaire qui cultive les contradictions, les singularités. Une mise en avant, une mise en abîme incongrue. Décalé parfois déroutant mais jamais dénué d'humour, Baver précis révèle de surprenantes personnalités dont le regard enjoué sur leur art laisse espérer d'autres collaborations intrigantes.

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