9/10Berenice Abbott au Jeu de Paume

/ Critique - écrit par froo (), le 14/03/2012
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Berenice Abbott par Man Ray

Après Diane Arbus, le Jeu de Paume accueille depuis le 21 février une autre grande photographe américaine : Berenice Abbott (1898-1991). Cette rétrospective, la première consacrée à l’artiste en France, retrace les différentes phases de sa carrière avec plus de 120 photographies et de nombreux autres documents.

Née en 1898 dans l’Ohio, Berenice Abbott s’installe à Paris dans les années 1920. Elle y mène une vie de bohème et découvre la photographie en devenant l’assistante de Man Ray. Deux ans plus tard, elle se lance dans sa propre carrière de photographe de portrait.

Portrait
James Joyce par Berenice Abbott

L’exposition commence donc avec ses portraits. Berenice photographie principalement des personnalités françaises et des expatriés, issus des milieux bourgeois, artistiques ou littéraires. On y retrouve par exemple Jean Cocteau, James Joyce, André Gide et Djuna Barnes. Ces portraits, à la mise en scène simple mais subtile, insistent sur l’attitude et l’expression du modèle et jouent avec le travestissement, voire l’ambigüité sexuelle.

Changing New York

En 1929, Berenice quitte Paris pour New York. Bouleversée par les changements qui ont touché la ville, elle décide de s’y installer plus longtemps que prévu. Elle se lance alors dans l’entreprise très ambitieuse et personnelle de documenter cette métamorphose. Après s’être rendu compte que les gens ont la même tête partout et que ce qu’ils construisent en dit bien plus sur qui ils sont réellement, elle se focalise sur l’architecture. Ainsi, la deuxième, et plus importante partie de l’exposition, nous présente Changing New York.
Vue de nuit, New York

Il s’agit de capter « la disparition de l’instant ». En s’appuyant sur les contrastes (petit et grand, ancien et moderne, clair et obscur, passé et avenir) et un fort esprit du détail, elle saisit avec soin les images d’une société en pleine mutation. Elle n’hésite pas à monter très haut, voire à grimper pour nous offrir des prises de vues vertigineuses et stupéfiantes, sur les gratte-ciel, ressemblant parfois à des maquettes. Une de ses photos les plus connues, Vue de Nuit, New York, (1932), exposée en grand format, reste toujours très fascinante à regarder.

« Scène américaine »

Outre les métamorphoses d’une ville, Berenice Abbott s’intéresse aussi à celles de la société américaine. Pendant l’été 1935, elle parcourt le Sud des États-Unis pour saisir un monde rural en crise à l’époque, dans un style toujours très documentaire. En 1954, elle entreprend un projet similaire en longeant la côte est des États-Unis sur la Route 1, dressant le portrait des paysans, mais aussi de leurs lieux de vie.

Science
Balle de golf rebondissant

Enfin, l’exposition nous fait découvrir le travail qu’elle mène en photographiant des phénomènes scientifiques. Il s’agit pour elle d’utiliser la photographie comme un outil de vulgarisation pour faire découvrir la science au grand public. Elle est d’ailleurs engagée par le Massachussetts Institute of Technology pour prendre des photos servant à illustrer des manuels pédagogiques. Ces photos expérimentales, à la fois abstraites, documentaires mais aussi esthétiques, représentant des ondes, des mouvements, des trajectoires, nous montrent une autre facette de son œuvre.

Pour conclure, l’exposition propose également un film très complet retraçant la vie de Berenice Abbott et dressant le portrait d’une photographe aux multiples talents, solitaire mais altruiste, intelligente et persévérante, qui a su s’imposer à une époque où le monde avait peur des femmes indépendantes.

À découvrir sans hésitation au Jeu de Paume jusqu’au 29 avril 2012.

 

NB : Cette exposition se déroule en même temps que celle consacrée à l’artiste chinois Ai Weiwei, Entrelacs. Le billet d’entrée donne accès aux deux.

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