9/10Collaboration

/ Critique - écrit par jaiina, le 20/03/2013
Notre verdict : 9/10 - Un moment d'Histoire peu évident mais bien maîtrisé (Ecrivez votre critique)

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Voici une pièce originale sur un sujet relativement peu traité au théâtre : la Collaboration, mais d'un point de vue germanique de l'Histoire. Sujet audacieux également car la Grande Histoire est vue à travers le prisme d'une histoire relativement peu grand public. L'Allemand Richard Strauss demande à l'écrivain juif Autrichien Stephan Zweig de lui fournir un livret alors que le nazisme est en train de gagner du terrain en Allemagne et que les lois anti-sémites sont de plus en plus fortes.

Collaboration
DR.

Strauss apparaît ici comme aveuglé par la création musicale, au point de ne pas voir les bouleversements du monde extérieur. Seule la musique l'importe. Il donne l'impression d'être un enfant gâté qui ne vit que pour ça. Alors que Zweig, du fait de sa religion et de son engagement, n'a pas ce "luxe". Son quotidien est confronté à cette étoile jaune.

Cette pièce soulève ainsi de nombreuses questions : collaboration active/passive avec le IIIème Reich, confrontation de l'artiste avec la réalité,... À ne vivre que pour sa musique, Strauss ne voit pas le nazisme s'installer dans son pays et on peut se demander dans quelle mesure, son aveuglement ne va pas contribuer à renforcer le pouvoir... Peut-on tout lui pardonner, sous prétexte qu'il est habité par la création ? La force de la pièce est de nous faire réfléchir sans pour autant verser dans la pédagogie facile : nous ne voyons pas le temps passer, les séquences s'articulent bien dans le temps grâce à un habile jeu de décors et de mise en scène, qui nous fait progresser dans le temps et l'espace. 

Collaboration
DR.

De plus, les rôles secondaires sont assez forts et aident à faire avancer l'histoire, pas tant par rapport à leur durée de présence sur scène que par leur ajout narratif. L'officier allemand n'apparaît ainsi que le temps de deux scènes mais son texte est suffisamment percutant pour nous faire bien saisir les contraintes exercées par les lois anti-juifs : le nom de Stephan Zweig devant, par exemple, être retiré des affiches du spectacle.

Difficile de trouver à redire sur cette pièce tant elle est juste dans son jeu d'interprétation et ses dialogues, très bien ciselés, si ce n'est que le sujet n'est pas très original sur le fond (mais l'angle retenu, lui, l'est).

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