Compagnie de la rue de l'échelle - interview

/ Interview - écrit par Guillaume (), le 02/04/2004

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Interview de Gwenaëlle Ferré

Le nouveau spectacle de la Compagnie de la rue de l'échelle Les larmes amères de Petra Von Kant de R.W.Fassbinder se jouera le 10 avril 2004 à 21h00 au théâtre des Abondances à Boulogne-Billancourt (Banlieue Parisienne - Hauts de Seine). A cette occasion nous avons rencontré Gwenaëlle Ferré, le metteur en scène du spectacle.

Pourquoi avoir choisi, pour le premier spectacle de votre compagnie, de mettre en scène une pièce qui n'est pas un classique ?
Ca n'est pas réellement notre premier spectacle, mais le troisième. C'est le premier spectacle crée dans le cadre de la rue de l'échelle. Le choix du texte ne s'est pas fait stratégiquement. J'ai choisi les larmes amères parce que c'est un texte qui m'a touché.

Qu'est-ce qui est touchant dans cette histoire de femmes ?
C'est ça justement, l'absence d'hommes, l'oppression qu'exerce le personnage principal (Petra) sur les femmes de son entourage. Cet espèce de facisme du quotidien ressemblait à ce que j'avais envie de dire à ce moment là de ma vie.

Ca vous a rappelé des événements personnels ?
Non, pas du tout. C'est surtout un ressenti, le besoin de parler des femmes à ce moment là, de travailler avec des comédiennes en particulier. Bien sûr, on met beaucoup de soi dans un spectacle, mais je ne peux pas dire, heureusement, que ce soit autobiographique.

Le personnage de Petra est très mis en avant, son caractère surpasse celui de tous les autres. N'est-ce pas difficile à gérer dans la mise en scène ?
C'est difficile à gérer dans la mesure où l'action se passe chez elle et qu'elle est presque tout le temps sur scène. Elle va recevoir successivement toutes les autres femmes dans son salon et exercer sur elles un certain dictat, dans la première partie de la pièce du moins. Ce qui a été difficile c'est de faire évoluer ce personnage car la pièce se passe sur plusieurs mois. De la montrer tour à tour forte et effrayante, amère ou dépressive.
C'est un personnage curieux auquel on refuse de s'identifier, peut-être parce qu'elle nous fait trop peur. Pourtant je crois qu'elle est réellement touchante et incroyable quand elle tombe amoureuse. C'est comme si c'était un personnage que l'on ne parviendra jamais à cerner.

A côté de Petra, qui se dévoile malgré tout beaucoup en se donnant en spectacle, il y a un autre personnage, celui de Marlène qui me semble bien plus touchant et finalement plus énigmatique.
C'est vrai qu'on a tendance à se demander comment elle fait pour tolérer sa condition. Mais je pense qu'elle n'est pas vraiment esclave, qu'elle trouve malgré tout son compte dans cette situation. En revanche, elle est peut-être l'allégorie d'un certain statut de la femme.

C'est vrai que c'est une pièce assez engagée...
Fassbinder est un auteur engagé.C'est quand même une pièce qui traite de l'homosexualité, mais je crois que c'est avant tout une pièce qui traite de notre rapport à l'autre, des sentiments contradictoires et ambigus que l'on peut entretenir avec certaines personnes. Il y a des personnes dans la vie que l'on redouterait presque tandis que nous exerçons, parfois sans même nous en apercevoir, un réel pouvoir sur d'autres. Je crois que c'est de cela dont parle la pièce, de combien ces rapports peuvent nous détruire, du fait que nous nous construisons dans nos rapports à l'autre, des traces que des gens marquants nous laissent.

Quand vous mettez en scène, vos usez de ce pouvoir ?
On ne peut pas dire ça. C'est plus compliqué. Pendant les répétitions il convient de se préserver aussi soi même et d'essayer, même si c'est très difficile, de faire abstraction des rapports de pouvoir que l'on peut avoir les unes sur les autres dans la vie.

Si tout est si compliqué, pourquoi aimez-vous tant le théâtre ?
C'est justement pour donner à voir ces complications des rapports humains. Je crois que lorsque l'on fait du théâtre, c'est parce qu'on court après quelque chose. Peut-être qu'on court après la vérité d'une relation ? Je fais ça à la fois pour moi, pour satisfaire un besoin d'image, de représentation et d'interprétation, mais aussi, bien sûr, pour des gens, pour donner à rire et à penser, pour que les gens qui viennent voir le spectacle passent une bonne soirée. Ou que la pièce qu'ils voient leur parle. Mais le minimum c'est qu'ils se soient distrait en s'oubliant un peu et que nous nous soyons amusées à jouer pour eux.

Après Les larmes amères de Petra von Kant, avez-vous autre chose en vue ?
Et bien déjà cette pièce sera rejoué le 30 avril au prisme à Elancourt (78) et le 23 juin à l'université inter-âge à Versailles dans le cadre du mois Molière.
Parallèlement aux larmes amères, nous avons une autre création, Mensonges, groupement de textes sur le thème éponyme, réalisé avec des étudiants de l'université de Versailles. Mensonges sera d'ailleurs joué en première partie de Petra le 30 avril.
Pour l'année prochaine, nous espérons que les larmes amères vont tourner et nous commencerons une nouvelle création tout en chapôtant plusieurs projets théâtraux.

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