Concert de John Zorn - Magick - 27 juin 2008 à Paris - Cité de la Musique

/ Compte-rendu de concert - écrit par wqw..., le 29/06/2008

Temps de lecture estimé de l'article : 3 minute(s) - laisser un commentaire

Dernière soirée qui fait honneur non seulement à la musique de chambre de Zorn mais aussi sa fascination pour l’ésotérisme, l’occulte, le surnaturel et la kabbale.

Figure emblématique de la création contemporaine. Le new-yorkais John Zorn explore depuis les années 1980 toutes les formes de la musique, du jazz au death metal en passant par le punk, le classique, le klezmer ou les musiques improvisées. « Même si la notion d’évolution permanente domine toute ma trajectoire, je suis convaincu que, dans mon cas, la notion de continuum y est aussi très présente. »

John Zorn
John Zorn
Artiste polymorphe et ultra-prolifique, celui-ci laisse libre-court à ses envies, notamment par l’intermédiaire de son propre label, Tzadik, dont le rythme des sorties et la multiplication des collections (Radical Jewish Culture, Composers Series, New Japan, Film Music, Archival Series, Lunatic Fringe) entraînent la ruine de toute personne qui voudrait un peu suivre ce qui s’y passe.

La Cité de la Musique en association avec la salle Pleyel accueillait pendant une semaine ce trublion, lui permettant ainsi de mettre en perspective l’ensemble de son travail : Painkiller, Masada, Necrophiliac ou les musiques de films. La tribu zornienne accueillie en grande pompe, avec la présence de Mike Patton (Fantômas, Tomahawk, etc.), Mike Harris (Scorn), des guitariste Marc Ribot et Fred Frith, du basiste Trevor Dunn (aussi dans Fantômas), du batteur Joey Baron ou du violoncelliste Erik Friedlander.

C’est ce dernier qui entame, en compagnie de Fred Sherry et Mike Nicolas, la dernière soirée de ce Domaine privé, honneur fait non seulement à des compositions de musique de chambre mais aussi à la fascination du sieur Zorn pour l’ésotérisme, l’occulte, le surnaturel et la kabbale. Une première pièce pour trois violoncelles, intitulée 777 créée en début d’année au musée Guggenheim. Une entrée en la matière abrupte et chaotique, d’une grande exigence technique, mouvement perpétuel que mettent en lumière ces trois générations d’instrumentistes.

William Winant
William Winant
A peine le temps de se remettre que William Winant monte sur scène. Celui-ci, qui a travaillé aussi bien avec John Cage et Steve Reich qu’avec Sonic Youth et Mr. Bungle, est sans doute l’un des percussionnistes américains les plus talentueux en activité. Composé pour 13 tambours, ce Gri Gri se voit directement influencé par le vaudou et le chamanisme, allant de rythmique à peine perceptible tirée de mailloches feutrées à de vraies déflagrations tonitruantes. Instant magique : ce son envoûtant, tiré par un doigt léché qui passe sur la peau d’une timbale, étrange murmure. Winant est alors salué (sans doute le plus de la soirée) pour son impressionnante prestation.

Pas évident de suivre alors, pourtant Mike Lowensterne et Anthony Burr et leurs clarinettes basses s’engagent sans avoir à rougir. Sortilège est une composition énergique, basée sur l’interaction, un jeu de question-réponse entre les deux protagonistes. Spectaculaire, elle est exigeante techniquement et a de quoi laisser sans souffle le musicien comme le spectateur qui est dans les meilleures dispositions pour se laisser entraîner sur Fay çe que vouldras. Référence rabelaisienne pour ce morceau assez long (peu être un peu trop) pour piano préparé qui, entre verre et pinces à linge, au fil des notes et des grincements se révèle des plus acrobatiques sous les doigts de Steven Drury, un habitué des compositions zorniennes.

Fred Sherry
Fred Sherry
Après un entracte pas très utile, Fred Sherry revient sur scène en compagnie du Crowley Quartet (Jenny Choi, Jesse Mills et Lily Francis) pour donner vie aux cinq mouvements du Necronomicon, œuvre inspirée de l’ouvrage attribué par Lovecraft à l’arabe fou Abdul Al-Hazred dont les vers énigmatiques ont intrigué l’imaginaire de nombreux adeptes de Chtulu et autres divinités chtoniennes :

« N’est pas mort ce qui a jamais dort
Et au long des siècles peut mourir même la mort »

Composition hantée par la violence et la terreur à l’intérieur de laquelle viennent se greffer des temps comme suspendus, presque méditatifs, pour un ensemble des plus intenses.

Les applaudissements sont nourris et se transforment en standing-ovation au troisième rappel, ovation que l’on mettra plus sur le compte d’une reconnaissance sincère pour le personnage, l’ensemble de sa carrière, que sur ce qui a pu se passer, peut-être un peu trop cérébrale pour permettre à l’âme d’être complètement emportée. La soirée a néanmoins donné à voir la palette des sonorités et des timbres que Zorn utilise dans son travail de composition. Zorn qui les poings levés, vainqueur et revendicatif, salue une foule d’aficionados. Zorn que rien ne semble pouvoir arrêter de créer et que l’on retrouvera à Pleyel en compagnie de la tribu Tzadik en février 2009.

 

A découvrir

Vous pouvez aussi découvrir d'autres excellents articles sur Krinein, comme celui-ci : Nous avons testé un 3eme escape game : Les Cobayes de Shutter Island