7/10Epître aux jeunes acteurs

/ Critique - écrit par Lilly, le 20/02/2006
Notre verdict : 7/10 - Noyé sous la parole (Ecrivez votre critique)

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Olivier Py écrivit ce texte pour répondre à une commande du Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique et de l'Académie expérimentale des théâtres. Une belle occasion pour l'auteur d'exprimer ce qu'est pour lui le théâtre, de consacrer une pièce à l'explication de son cheminement artistique.

C'est une tragédienne, plus extravagante que classique, qui se charge de transmettre son savoir aux jeunes comédiens. Avec auto-dérision mais non sans nostalgie, elle défend avec véhémence son art ancestral par de longues tirades lyriques. Qu'elle est fière, qu'elle est pompeuse, qu'elle est bavarde cette tragédienne antique, drapée dans ses valeurs hautaines, dans sa toge dépassée, couverte d'une couronne desséchée. Muriel Vernet, qui met en scène et interprète ce rôle, renchérit en se positionnant en haut d'un échafaudage couvert par la robe blanche. La tragédienne domine son public, elle le tient, elle l'assomme de ses mots, lui fait partager ses passions, le fait beaucoup rire aussi. Olivier Py possède cet humour piquant, cette ironie qui nous déstabilise. Rire du tragique. Ecrire la tragédie du rire. Mettre en scène une tragédienne qui mime elle-même son ridicule tout en argumentant en la faveur de cet art si tendrement pathétique. Dans ce rôle, Muriel Vernet a un jeu nerveux, vif, drôle et attendrissant. C'est le théâtre qui se regarde en prenant de la distance, c'est le théâtre qui rit de lui-même et n'en est que plus charmant.

Mais Muriel Vernet n'est pas seul. Entrent le Rabat-Joie, le Responsable culturel, le Policier du Désir, le Ministre de la communication, le Directeur du Conservatoire d'Art Dramatique, le Porc Moderne et l'Enfant. Plus exactement, la lumière vient éclairer ces présences qui ne sont en faites que sculptures grillagées pleines d'humour, auxquelles Muriel Vernet prête sa voix modulée. Les attitudes des sculptures laissent libre cours à l'imagination et paraissent caricatures vivantes dans nos esprits. Caricatures hautement satiriques, voire directement accusatrices. Tout le monde en prendra pour son grade, il n'y a pas de raison pour que la tragédienne soit la seule à mettre ses convictions à mal. Les mots d'Olivier Py sont crus, les « crottes » et les « porcs » hantent son écriture pour exprimer sa vision de notre société. Arrêtons nous quelques instants sur ce Ministre de la Communication, qui a perdu la foi, l'âme, la passion du mot. Car c'est bien là le coeur de la pièce : la Parole versus la Communication. La communication est plate, asservie, desséchante, la communication est la mort du sens. La Parole est le sens, le partage, l'essence de l'humain, le relief de la vie, la liberté critique.

Muriel Vernet respecte profondément la volonté de l'auteur dans sa mise en scène. Elle porte ses valeurs et son sens tout en laissant une grande place au rire. Les sculptures représentants les autres personnages sont une trouvaille loufoque et pleine de ressorts. Quant à elle, elle se révèle comédienne pétillante, avec une diction chic et une distance maîtrisée. Une mise en scène efficace et surprenante.
Malgré tout l'humour et l'énergie qui l'accompagnent, le texte reste ardu, parfois proche de l'autosatisfaction, d'une philosophie qui aime à se proclamer intellectuelle. Si Olivier Py, un des auteurs contemporains les plus montés, voulait qu'elle s'adresse à tous, la pièce reste centrée sur le nombril culturo-culturel, ce petit monde qui se regarde et on imagine mal comment elle peut être diffusée en dehors du petit cercle qui se reconnaît et se salue à l'entrée des salles.

« L'Épître aux jeunes acteurs est le meilleur moyen d'approcher la subversion théâtrale dans un grand éclat de rire... » Olivier Py

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