Eurockéennes 2009 - 3ème jour

/ Compte-rendu de concert - écrit par nazonfly (), le 22/07/2009

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Troisième et dernier jour du festival avec Jaromil, Stuck In The Sound, Rodrigo y Gabriela, Staff Benda Bilili, Gojira, Sliimy, Florence and the Machine, Zone Libre/Casey/Hamé, Tinariwen, Slipknot, Laurent Garnier...

L'ouverture de la troisième journée de ces Eurockéennes menées tambour battant se fait pour nous par Jaromil, issu des repérages bourguignons. Le groupe ressemble à ces bandes de potes qu'on peut croiser ici et là, des groupes qui ne feront pas long feu, manquant cruellement de charisme. Pourtant au fil des chansons, le chanteur se révèle et donne du poids au concert. Très étonnant et fichtrement bon. Lui aussi ira d'ailleurs de son petit saut pour chanter au milieu d'un public clairsemé. Après Jaromil, il nous reste quelques minutes pour apprécier le show de Stuck In The Sound, des Parisiens qui étaient dans le public des Eurockéennes quatre ans auparavant, et qui jouaient à la Plage deux ans après. Pour ces Eurockéennes 2009, c'est le Chapiteau qui leur ouvrait les bras : belle progression. Loin d'être bloqués dans leur son, Stuck In The Sound fait un rock bien foutu et surtout sans prétention qui lui donne un temps d'avance sur de nombreux autres formations du moment.

Le set n'est pas fini qu'il faut se ruer sur la Grande Scène où deux Espagnols semblent à moitié perdus avec leurs guitares : Rodrigo y Gabriela. Deux guitares sèches pour un concert flamenco, rock et improvisations... Gabriela
Gabriela
simplement étonnant. Savoir meubler une scène aussi grande et charmer un public de début d'après-midi n'est sans doute pas chose aisée, pourtant le duo s'en sort avec plus que des honneurs. Evidemment les reprises de "Orion" ou de "Master of Puppets" de Metallica y sont pour quelque chose ! Pour continuer dans la guitare assez reposante, nous décidons ensuite d'aller voir ce que les programmateurs des Eurockéennes présentaient comme le meilleur groupe du festival : Staff Benda Bilili. Un groupe de musiciens congolais qui ont pour particularités d'être paraplégiques. Difficile d'échapper en effet à cet état de fait puisque leur handicap semble indissociable de leur musique. Un peu finalement comme la cécité d'Amadou et Mariam. La déception est grande puisqu'il ne s'agit que de world music à tendance africaine, le genre de musique qui est censé mettre du soleil dans le cœur. D'ailleurs le groupe passe son temps à sourire. Mais quand cette world music se met à tourner zouk, on se demande ce qu'ils font aux Eurockéennes.

Avant même la fin du concert, nous retournons donc sur la Grande Scène pour être aux premières loges de Gojira, l'un des rares groupes métal français à être reconnu à l'étranger. Certes ça fait pogoter les djeunz, ça fait remuer la tête, mais le concert Florence
Florence
est finalement très linéaire et long comme un jour de pluie sans pain. Une nouvelle déception dans cette programmation 2009. Tandis que la Plage accueille le nouveau phénomène internet, Sliimy, nous nous rendons devant Florence and the Machine.

Visuellement c'est plutôt réussi : le pied de micro est recouvert de fleurs et la fameuse Florence habillée d'une longue robe blanche aux motifs floraux. Si on ajoute une harpe dans un coin de la scène, on croirait presque assister à un concert aux sonorités médiévales ou heavenly voices. Pourtant le programme nous classe clairement le groupe dans la case pop-rock. Le visuel n'est finalement qu'une nouvelle façon de se lancer dans du kitsch très original puisque les Wampas, King Khan and the Shrines, Yeah Yeah Yeahs, Monotonix, Schwefelgelb ou encore Solange La Frange jouaient aussi sur ce registre... Fort heureusement, la chouette performance de la chanteuse donne une impulsion intéressante à une musique que l'on aurait volontiers classée comme ennuyante au départ.

Florence and the Machine sera suivie par l'un des concerts que nous attendions le plus du week-end : celui de Zone Libre, Casey et Hamé. Nous les avions déjà vus au Fil à Saint Etienne, et il faut dire que ce mélange entre un rock limite Casey
Casey
expérimental et un rap engagé et engageant était une petite tuerie. Le groupe avait été copieusement sifflé au Printemps de Bourges par un public venu en masse pour Rohff, mais c'est sous des vivats que les cinq musiciens sont accueillis au Malsaucy. Des fans se massent aux premiers rangs pour reprendre les textes enflammés de Casey et de B. James remplaçant Hamé pour cette soirée. Ce concert est véritablement l'énorme claque du festival, même si on s'y attendait. L'association de la rage de Casey et de la technique viscérale de Zone Libre est une déflagration qui crame la scène de la Loggia. Au bout du premier titre, tout le public est à fond derrière le groupe.

Pour nous reposer de cet attentat sonore, nous choisissons le cadre idyllique de la Plage pour le concert blues-rock de Tinariwen. Le choc est immédiat et la surprise totale. Loin de jouer les habituels accords blues, Tinariwen emmène l'âme de cette musique au milieu du désert (le groupe est composé de Touaregs) pour la mélanger avec des sonorités arabes. C'est un véritable voyage planant qui se déroule sur la Plage, un souffle d'esprit spirituel, un concentré d'essence musicale, l'une de ces surprises que réservent toujours les festivals.

L'esprit plein d'images, nous nous laissons porter une dernière fois vers la Grande Scène où officie le grand guignol de Slipknot. Ils nous avaient laissés une très bonne image lors de leur passage en 2004, quand la poussière soulevée par les centaines, les milliers de pieds avait envahi le ciel de la Presqu'île de Malsaucy. Mais, en 2009, le public a évolué, à moins que le nouvel album de Slipknot soit moins puissant. Toujours est-il que la folie de 2004 a, en partie, disparu. Le concert n'est pas mauvais et les vieux titres comme "Duality" ou "People=Shit" fonctionnent toujours aussi bien, ce qui ne semble pas le cas des titres les plus récents. Du coup nous restons sur un sentiment d'inachevé et, il faut le dire, sur une nouvelle déception. Le show de Slipknot est donc notre dernier concert de l'édition 2009 des Eurockéennes, Laurent Garnier au Chapiteau n'ayant pu nous convaincre en cinq minutes.

 

La programmation de ces dernières années aux Eurockéennes semble indubitablement s'être appauvrie, notamment au niveau des têtes d'affiche. Il faut Les Eurocks c'est fini
Les Eurocks c'est fini
dire que l'explosion des cachets des groupes et la volonté de garder un prix relativement modique ne peuvent aller de pair. Sans oublier la multiplication des groupes electro-pop ennuyeux à mourir. Pourtant cette édition 2009 a su proposer quelques véritables bons concerts avec en première ligne Zone libre, Casey et Hamé, Tricky, Alela Diane ou Tinariwen. D'autres ont réussi à tirer leur épingle du jeu avec une sincérité remarquable comme les Wampas ou Rodrigo y Gabriella. Quelques repérages ont su nous charmer : nous reverrons avec plaisir You and You, Schwefelgelb ou Jaromil.

Au final ces Eurockéennes ont quand même été un succès puisque deux jours sur les trois ont été sold out ! Il est désormais temps de tirer le rideau sur ces Eurockéennes 2009. A l'année prochaine peut-être.

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