Eurockéennes 2018 - Un dimanche avec Shaka Ponk

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 28/07/2018

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Un dernier jour avec Eddy de Pretto, Alice in Chains, Lomepal ou Shaka Ponk, est-ce bien sérieux ?

Le week-end est passé en un clin d’œil, nous voici déjà au dernier jour d’un festival peuplé d’émotions. Ce dimanche sera-t-il à la hauteur du reste ?

Quatrième jour - Dimanche 8 juillet

Pour commencer tranquillement la journée, nous allons sous le Chapiteau pour écouter un ou deux titres d’Eddy de Pretto. Un ou deux titres seulement ? Oui, car nous ne voulons pas louper Marlon Williams ! Eddy de Pretto sur CD c’est plutôt sympa. Sur scène, ça semble être du même tonneau mais difficile de juger complètement sur quelques minutes.

Il faut bien l’avouer. Avant qu’il soit programmé aux Eurockéennes, je n’avais pas entendu parler de Marlon Williams. Mais après quelques titres comme What’s chasing you, Vampire again ou le sublissime Lost with you, on ne peut que tomber amoureux du folk rock du crooner néo-zélandais qui fleure bon la douceur des années 60. Sur scène, on n’est pas déçu : sa voix, sa musique, son attitude sont parfaites et investissent la Loggia de la plus belle des façons. Une nouvelle parenthèse enchantée dans ce festival finalement plus bourrin qu’il n’y paraît de prime aborde.


DR. la douceur de Marlon Williams par Eric Munck Photographie

 

Alice in Chains fut l’un des plus grands groupes de grunge des années 90 mais, une fois encore, je suis passé un peu à côté ne connaissant que les plus grands titres comme Man in the box ou encore ce Grind découvert par hasard une nuit sur M6 (!!). Sans donc connaître les titres principaux, on ne peut donc que s’incliner devant l’efficacité de leur énergie sur une Grande Scène franchement désertée.

De Dead Cross, on ne dira que deux choses : le batteur est Dave Lombardo (Slayer, Fantômas) et le chanteur Mike Patton (Faith No More, Fantômas, Mr Bungle). Autant dire qu’on a affaire à du lourd. Patton débarque sur scène la tête revêtue d’une cagoule et met le feu dès les premières secondes dans une fosse qui se transforme étrangement en pogo devant l’avalanche rock bruitiste du quatuor. Si l’on excepte le moment gênant du concert avec la venue d’un gamin sur scène ne pipant rien à ce que lui raconte Patton, Dead Cross aura su mettre une partie du public en fusion.


DR. la noirceur de Dead Cross par Eric Munck Photographie

 

Après le rock tendre et cool de Marlon Williams, après le bruit métallique de Dead Cross, c’est un grand écart qui nous conduit sur La Plage pour découvrir Lomepal. Lomepal c’est un des rappeurs du moment dont tous les concerts affichent complets en des temps records. Il faut dire que son premier album Flip regorge de tubes (Yeux disent, 70, Bécane). Il est d’ailleurs assez étonnant qu’il soit programmé sur La Plage mais, après Therapie Taxi, j’ai compris l’astuce : il faut savoir se placer rapidement pour ne pas se retrouver trop loin de la scène. Dès les premières mesures de Palpal, on prend conscience de la chose : le public présent sur La Plage connaît tout simplement toutes les paroles par cœur. C’est à un concert assez difficile à appréhender que nous assistons : les moments calmes donnent envie de prendre son voisin/sa voisine dans ses bras, les moments plus énervés partent en pogo, parfois au corps défendant des gens environnants. L’ambiance est du même tonneau : parfois géniale, parfois pourrie ; c’est bien la première fois que je vois quelqu’un en venir presque aux mains avec une autre personne parce que cette dernière est juchée sur les épaules d’une troisième. La petite histoire retiendra aussi que, malgré Prophets of Rage, malgré Nine Inch Nails, malgré Dead Cross, c’est sur Pommade de Lomepal que j’ai mangé la poussière dans un wall of death/pogo assez énorme. Il disait quoi Marco Prince déjà ?

Pour poursuivre la soirée en beauté, il faut se rendre de nouveau à la Loggia avec Zeal & Ardor. Zeal & Ardor, c’est clairement LA sensation rock qu’il faut découvrir sur galette ou sur scène. Apparemment poussé par deux internautes, Manuel Gagneux a tenté le pari de mixer black metal et musique africaine. Le résultat est difficilement descriptible mais imaginez un gospel orchestré par un chœur de trois chanteurs qui, brusquement, se voit soutenu par les murs de guitares propres au metal. Sur disque, c’est marquant. Sur scène, ça prend aux tripes, ça caresse et ça laisse pantelant. Originalité, puissance, douceur associées au charisme indécent du sieur Gagneux font du set l’un des tout meilleurs concerts des 4 jours si ce n’est le meilleur.


DR. la fraîcheur de Zeal & Ardor par Eric Munck Photographie

 

Éreinté par Zeal & Ardor, je me dirige lentement vers la Grande Scène en laissant toutefois une oreille sur Seasick Steve qui avait charmé le public lors de sa dernière venue. Le choix entre le papy bluesman et les énervés de la soul a été un déchirement, déchirement d’autant plus marquant quand on voit la fin de Summertime blues au Chapiteau. Programmateur des Eurocks, si tu me lis, je te déteste !

Enfin, Shaka Ponk se voit offrir la délicate mission de clore la Grande Scène et donc le festival. Les Shaka Ponk, on les connaît, on les a même vus trois ou quatre fois : un show visuel impressionnant, des titres catchy, une présence scénistique à laquelle on ne peut rien redire. Pour ce concert précisément, on se rappellera que le chanteur a slammé sur la foule avant de la faire entamer l’un des plus grands circle pit jamais vu. On en attendait pas moins d’eux mais, comment dire, après Marlon Williams, après Dead Cross, après Lomepal, après Zeal & Ardor, après Seasick Steve (même quelques minutes), Shaka Ponk fait un peu pâle figure. Et puis on aimerait bien ne pas se taper leur immonde reprise de Smells like Teen Spirit. Retour donc au camping, des étoiles au ciel comme dans les yeux.

Cette 30ème édition a tenté de faire le grand écart entre des groupes tendances du moment (Damso, Orelsan, Bigflo et Oli, Lomepal, Therapie Taxi), vieilles gloires déjà passées par le Malsaucy (Queens of the stone age, Nine Inch Nails, Prophets of Rage, Alice In Chains) et groupes plus confidentiels mais tirant largement leur épingle du jeu (Michelle David and the gospel session, Zeal & Ardor, Caroline Rose). Malgré quelques inévitables déceptions, le pari est réussi et cette édition restera dans les très bons souvenirs des Eurockéennes !

Merci à Eric Munck Photographie pour les photos !

Pour revivre le concert de Lomepal, ça se passe sur Facebook.

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