Eurockéennes 2018 - Un jeudi avec Cigarettes after sex

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 25/07/2018

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Les Eurockéennes fêtaient cette année leur 30ème anniversaire et offraient une pré-programmation alléchante avec Nine Inch Nails, Queens of the Stone Age, Prophets of Rage mais aussi Texas, Liam Gallagher ou encore Damso, Orelsan et Big Flo et Oli dans un grand écart musical et générationnel désormais classique pour le festival belfortain.

Autant dire que rien qu’avec les trois premiers noms, votre serviteur, 40 ans, 8 Eurockéennes au compteur, ne pouvait rien faire d’autre que d’acheter son petit billet pour les désormais 4 jours du festival. Voilà une chronique empreinte d’amour et d’une pointe de nostalgie en 4 articles pour 4 jours.

Premier jour - Jeudi 5 juillet

Après 3h d’un agréable covoiturage avec une locale délocalisée à Lyon qui vient faire la fête au Malsaucy, me voilà arrivé sur le site du camping, un camping qui a déménagé d’emplacement l’année passée, se rapprochant de quelques centaines de mètres du site. Une nouveauté qui permet, semble-t-il, d’avoir une partie de camping plus tranquille où l’on pourrait éventuellement dormir (un comble!), loin des « Apéroooo » résonnant tout au long de la nuit de nos premières éditions. À la vérité, on n’entendra même aucun « Apéro » ce qui n’est pas loin de nous manquer. La qualité de vie au camping s’est améliorée avec des lavabos (!), des douches chaudes (!!) tout au long de la journée, des espaces restaurations conséquents. Mais, à peine la tente installée, je pars au festival pour la seconde surprise : il y a désormais un beau chemin balisé (!!!) pour rejoindre le site, il n’est donc plus nécessaire de marcher de looongues minutes sur la fameuse voie ferrée joignant le camping à la presqu’île où se déroule le festival. Là encore, c’est évidemment mieux pour la qualité du festival mais c’est aussi un poil du charme du festival qui s’en va.

Trentième édition oblige, il y a des surprises sur le site du festival : de grandes lettres en bois E.U.R.O.C.K.S. ornent le site devant une grande roue, cette dernière étant apparemment un must pour les organiseurs. Nous réserverons notre avis.


DR. la féérie des Eurocks par Eric Munck Photographie

Musicalement la journée s’ouvre par Tank and the Bangas en provenance de la Nouvelle Orléans pour un concert se balançant agréablement entre r’n’b, soul, jazz avec une chanteuse impressionnante de présence. Seul bémol : pour fêter leurs 30 ans, les Eurockéennes ont décidé d’inviter la patrouille de France. Plusieurs fois pendant le concert, on verra donc passer les avions bleu, blanc et rouge dans une attitude qualifiée de disrespectful par la chanteuse, ce avec quoi nous sommes parfaitement d’accord. Ce qui semblait une idée douteuse sur le papier se révèle être désastreuse. Heureusement que les deux chanteuses s’en donnent à cœur joie et lancent le festival de la plus belle des façons, notamment avec une bien belle reprise de Smells like Teen Spirit.

Un petit détour par Goldlink sous le Chapiteau, revenu du passé pour remplacer la scène Green Room sponsorisée par une célèbre marque de bière : il y a enfin de nouveau une scène couverte dans le festival célèbre pour sa pluie. En ce qui concerne Goldlink, il tient bien sa scène avant de balancer un bout de Smells like Teen Spirit. Les années 90 semblent être à l’honneur en cette année 2018, d’autant que le camping aura parfois résonné des No, no limit de 2 Unlimited ou des Freed from desire de Gala. Étrange sentiment.

Années 90 encore, c’est Texas qui a pris place sur la Grande Scène tandis que La Plage voit l’electro-soul de Sampha. Direction donc le sable pour quelques minutes devant un mélange vaguement electro-pop et vaguement soul qui ne prend pas. Après avoir erré pendant un temps sur le site, je reviens donner une chance à Sampha dont le set a, semble-t-il, pris de l’ampleur et se révèle un peu moins lénifiant sous la pluie qui commence à tomber drue.

Les scènes des Eurockéennes sont fixées depuis des années : la Grande Scène trouve sa place tout naturellement dans une sorte de mini-cirque naturel, le Chapiteau ne bouge pas d’un iota, la Plage s’est mis les pieds dans l’eau pour devenir une troisième scène d’importance. Reste la Loggia qui était d’abord dans un coin paumé non loin de la Grande Scène ou s’est trouvé en face de cette même Grande Scène. Cette année, elle migre complètement puisqu’elle rejoint l’entrée du festival, dans un chouette décor au milieu des arbres. Sur le coup des 21h30, c’est le groupe Dream Wife qui investit cette scène tandis qu’au loin, Big Flo et Oli remplissent le Chapiteau. Dream Wife est un trio à l’accent féministe, des Riot Grrls entre punk et pop-rock idéal pour cette chaleureuse petite scène où les flaques d’eau seront allègrement pulvérisées par des pieds sauteurs tant et si bien que le public, en tout cas votre serviteur, se retrouve trempé jusqu’au trognon. Mais le set est tellement bien qu’on veut bien surmonter les éclaboussements pour rester tout devant le groupe.


DR. l'énergie de Dream Wife par Eric Munck Photographie

S’ensuit l’un des gros dilemmes du week-end : faut-il suivre Orelsan qui vient défendre La fête est finie sur la Grande Scène ou plutôt l’atmosphère intimiste de Cigarettes after sex à La Plage ? Deux des groupes que j’attendais le plus lors de cette 30ème édition s’affrontent en effet au même moment ! Orelsan parcourant inlassablement la France, je me dis que je pourrais de toute façon parvenir à le voir un jour ou l’autre. C’est donc sous une pluie battante que je rejoins le sable. La scène est quasiment sombre, à part quelques blanches lumières créant un clair-obscur dans lequel se cachent les musiciens de Cigarettes after sex pour recréer la douceur du cocon de leur fabuleux album éponyme. On se doute que cela fonctionnerait mieux en salle mais cette splendide scène de La Plage est, sans doute, le meilleur écrin pour le groupe malgré la pluie qui semble redoubler toutes les 30 secondes. Sous l’Apocalypse de froid et d’eau, le concert de Cigarettes after sex est pourtant une petite féerie, un instant de grâce suspendu et l’on se dit avec le groupe : Nothing’s gonna hurt you baby, même pas la pluie.


DR. la poésie de Cigarettes after sex par Eric Munck Photographie

Nous tentons ensuite de poursuivre la soirée sous le Chapiteau devant Portugal the man, une idée vraisemblablement peu originale au vu de la foule qui s’y masse. On a beau tenter de s’incruster au milieu de ces gens, de profiter d’un peu de chaleur humaine, cela ne fonctionne pas : un léger vent froid souffle sur mes habits trempés, le toit dégoutte de tristesse et la musique de Portugal the man n’est pas à même de réchauffer l’atmosphère. Tant pis pour Macklemore ou Carnage, le temps aura eu raison de moi et seule la chaleur réconfortante d’un duvet, dans un camping inhabituellement calme, accueillera ma fin de soirée.

Merci à Eric Munck Photographie pour les photographies !

Pour revivre le concert de Cigarettes after sex, on peut remercier Arte Concert.

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