Eurockéennes 2018 - Un vendredi avec Prophets of rage

/ Critique - écrit par nazonfly (), le 26/07/2018

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Du lourd, du lourd et encore du lourd pour ce vendredi avec Prophets of Rage, Nine Inch Nails ou Richie Hawtin Close.

Un peu ragaillardi par une nuit somme tout correcte, surtout pour un camping de festival, je me lève de bonne humeur, d’autant plus que la journée s’annonce parfaite avec notamment la présence de Prophets of Rage et Nine Inch Nails sur la Grande Scène. Sans oublier évidemment le quart de finale de l’Équipe de France de football ! Le camping doit d’ailleurs se doter d’un écran géant et la deuxième mi-temps sera diffusée au Chapiteau. Au camping, la Marseillaise résonne devant la foule qui se masse devant un écran muet et terriblement bas, tant et si bien que, la mort dans l’âme, je décide de quitter le camping pour me rendre sur le site du festival histoire, au moins, de profiter de la deuxième mi-temps. La petite histoire retiendra que c’est sur l’écran du smartphone de mes voisins, en attendant l’ouverture des portes, que je découvre le but de Varane et qu’une fois le deuxième but inscrit, les « On est en demis, on est en demis » parcourront le Chapiteau. Évidemment ce sera une constante durant tout le festival : La Marseillaise, « On est en demis » ainsi que, bizarrement, un chant sur Jean-Michel Aulas, président de l’Olympique Lyonnais, seront les trois chants les plus entonnés du week-end.

Deuxième jour - Vendredi 6 juillet

Le festival en lui-même débute pour nous avec Pihpoh (on notera que Pihpoh est l’anagramme de Hip-hop), rappeur belfortain qui a parcouru les scènes hexagonales et veut mélanger rap et chanson française avec notamment une reprise rap de Je m’voyais déjà de Charles Aznavour. Son premier titre, Mademoiselle, lance un concert en mode tranquille assez sympathique sans cependant renverser la table.

Entre le rock de Nothing but the thieves sur la Grande Scène et la soul de Michelle David & the gospel sessions sur La Plage, c’est la deuxième qui a nos faveurs notamment pour des raisons d’organisation, Rilès se présentant au Chapiteau sur le créneau horaire suivant et la scène de La Plage est plus proche du Chapiteau que la Grande Scène : en festival, il faut aussi savoir s'organiser ! Ce choix presque par défaut se révèle être un choix payant. Sous le soleil, la radieuse Michelle David à crinière de lionne, accompagnée de ses musicos costumés et cravatés, déverse par hectolitres des flots de bonnes vibrations dans une soul d’une chaleur enthousiasmante pour l’un des meilleurs concerts du week-end.

Des flots de bonnes vibrations au flow de Rilès, il n’y a qu’un pas orthographique. Rilès n’a pas encore sorti d’album mais son histoire est assez incroyable puisque c’est grâce au bouche à oreille sur internet, ainsi qu’évidemment à un talent indéniable, qu’il s’est fait connaître. Ses chansons sont toutes percutantes : Brothers, Pesetas, Should I ou Thank God ne quittent pas mes playlists depuis que je l’ai découvert. En écoutant ses chansons, on ne se douterait pas que ce putain de bon rappeur ricain est en réalité… normand. C’est en tout cas en mode star américaine qu’il se pointe avec 10 minutes de retard tandis que la foule se chauffe sur… « On est en demis ». Rilès ne manque pas d’énergie sur scène, ni de communication avec le public mais le concert est un peu deçà de nos attentes, la faute peut-être à notre départ un peu précipité pour Prophets of Rage qui nous fait rater finalement les titres les plus connus et peut-être les meilleurs moments si l’on en croit les images d’Arte Concert.

À propos d’attente, sur la Grande Scène va se produire l’un des groupes les plus attendus de cette édition, Prophets of Rage. Faut-il encore les présenter ? Si oui, il s’agit tout simplement du noyau dur de Rage Against The Machine (batteur, bassiste et guitariste) associé au leader de Cypress Hill, au DJ et au MC de Public Enemy. C’est donc sans remords qu’on quitte Rilès 10 minutes avant la fin pour investir la Grande Scène, un peu trop loin des premiers rangs à notre goût. Mais dès les premières mesures, le mouvement de foule est tel qu’on se retrouve à pogoter à quelques mètres de groupe. Les morceaux s’enchaînent, reprises de Rage Against The Machine (Bullet in the head, Freedom, Killing in the name, Bulls on parade), de Cypress Hill (How could I just kill a man) ou de Public Enemy (Prophets of rage, Fight the power) sans oublier les titres originaux dans une même énergie révoltée (Unfuck the world). Alors oui on pourra toujours ironiser sur le fait que le groupe vende des T-shirts à 35 boules, qu’il fasse sauter la foule dix minutes avant que celle-ci n’entonne « they say jump, you say how high » ou encore que les Dump Donald Trump n’auront pas franchement d’impact en France, il n’empêche que le concert des Prophets of Rage a tout simplement été un concert énorme, fidèle à nos attentes et largement plus vivable que celui des Rage Against The Machine que nous avions vus à Rock en Seine il y a 10 ans.


DR. la rage de Prophets of rage par Eric Munck Photographie

Comme Nine Inch Nails est le prochain rendez-vous de la Grande Scène, nous décidons de ne pas nous éloigner et de rester à reprendre notre souffle. Dans le genre de groupe apocalyptique, Nine Inch Nails se pose là et c’est à un show halluciné, comprenant la majorité des plus grands titres du groupe, que répond un public présent malgré une ambiance parfois bizarre : oui, madame, il arrive que les gens pogotent aux approches de la scène, pas besoin de s'énerver. Head like a hole, March of the pigs, Piggy ou encore The hand that feed se mêlent aux extraits des derniers opus (Bad witch et Add violence qu’il nous faudra franchement écouter plus en profondeur) ainsi qu’à la désormais célèbre reprise de Bowie, I’m afraid of Americans. Et, en guise de pépite, pour clore le concert, un Hurt poignant comme à son habitude. Nine Inch Nails, comme à son habitude, fait le job même si on aurait aimé un peu plus de lien avec le public.

Pour continuer la soirée, nous nous dirigeons vers le Chapiteau où sévit FFF. Oui, FFF, le groupe de fusion français dont le dernier album date de 2000. Mais le groupe avait enregistré son live Vivants aux Eurockéennes en 1997 et les voici invités à refaire le concert 20 ans après. On débarque au moment où Marco Prince nous raconte que s’ils se sont reformés, c’est pour remettre au goût du jour une danse française oubliée, le pogo. Nos membres endoloris nous disent qu’il n’y a pas besoin de FFF pour danser de cette manière et on a envie de crier au brave Marco que même sur Rilès, les djeunz pogotent ! Rien d’extrêmement emballant dans ce concert d’un groupe pour lequel je n’ai aucune nostalgie. C’est du rock, de la fusion, le public est globalement content mais, après Prophets of rage et Nine Inch Nails, c’est un peu… fade.


DR. le mage de FFF par Eric Munck Photographie

Par curiosité, nous nous rendons ensuite sur la Grande Scène pour voir l’un des rares groupes electro de l’édition, Richie Hawtin Close. L’electro, ça peut être génial, d’énergie, de recherche. L’electro, ça peut être aussi visuellement impressionnant, on se souvient du show de Skrillex ou de Daft Punk par exemple. Ici, les titres se noient les uns dans les autres, dans une bouillie ultra-répétitive. Richie Hawtin est seul sur scène, entouré de ses claviers dans une mise en scène d’une triste sobriété. Bref, c’est chiant à mourir. Ou plutôt à aller dormir.

Merci à Eric Munck Photographie pour les photos !

Pour prolonger l'expérience, revivez les concerts de Pihpoh, Michelle David et Rilès avec Arte Concert.

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