8/10Frère & soeur

/ Critique - écrit par Lilly, le 10/04/2006
Notre verdict : 8/10 - eros et tanatos (Ecrivez votre critique)

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La Maison de la Culture de Grenoble a, cette année, choisi d'honorer les 20 ans de recherches personnelles de Mathilde Monnier. Chorégraphe incontournable, elle dirige depuis 1994 le Centre Chorégraphique de Montpellier. A Grenoble, plusieurs pièces récentes étaient présentées cette semaine, nous avons choisi Frère&Soeur, créée en Avignon In en 2005.

Frère&soeur est un questionnement ouvert sur le collectif et l'intime, le multiple et l'unité, la différence et l'identité. Combien sont-ils ces interprètes à se croiser et se heurter sur le plateau ? Qui sont-ils, vêtus de couleurs vives et variées ou revêtant l'uniforme chemise blanche et pantalon gris ? Ils se confondent et se différencient, se rencontrent et s'évitent, étrangers les uns aux autres, semblables les uns aux autres. Les notions de trajectoire, de rythme alternant pauses, marches et course, ou d'interaction sont au coeur de la pièce.
Les danseurs sont pris dans des scènes collectives où tous se comportent de la même façon, et pourtant ils se distinguent par leurs corps, leurs attitudes leurs mouvements. Le hasard des rencontres des corps va créer des mouvements différents, des rapports corporels et humains distincts.

Trois phases de danse se répartissent la pièce. Tout au long du spectacle jaillissent des scènes où les interprètes sortent d'une boîte noire fendue, marchent en allant droit au but, s'entrecroisent mais ne se voient pas, certains se rapprochent, d'autres s'isolent. Le début de la pièce est, lui, marqué par la violence des relations. Bagarres chorégraphiées généralisées, laissant place à des portés et des contacts riches et maîtrisés, c'est un engrenage sans fin, les uns se poussent dans les autres qui ripostent de coups, de cheveux tirés, de placages aux sols, de torsions des corps. Bien que foisonnante d'idées et brillamment orchestrée, cette scène est longuette au spectateur ahuri.
Troisième phase, la complexité des rapports humains transparaît, après la haine l'amour, après l'amour la haine. En duos ou en trios les danseurs caressent ou frappent, en solo ils souffrent ou deviennent fous, ils prennent le micro pour exprimer ces afflux de pulsions contraires. Ce sont des bribes de phrase lancées comme des axiomes généraux concernant tout un chacun et pourtant si personnels que certaines phrases nous font frissonner tant elles sont proches de celles qu'on se prononce en sourdine à soi même.

Un grand charivari social urbain et fourmillant envahit le plateau, multitude et solitude n'apportent que malaise, celui qui sourde toujours au plus profond malgré les sourires affichés. Créée pour l'occasion la musique electo d'Erikm traduit ce mal être qui va et vient, accompagne nos vies, se cherche et se construit, les sons sont déstructurés, parfois stridents.

Le thème du projet est simple, même si les choix scéniques, les accessoires par exemple, surprennent et interrogent donnant à la pièce un petit look rock'n roll déjanté. Les rapports sociaux et amoureux sont chorégraphiés avec ingéniosité, le travail sur l'espace est une oeuvre en soi, les danseurs sont excellents, homogènes et distincts. Mathilde Monnier pose un très gros point d'interrogation sur le nous, sur le moi parmi nous. Manque peut être un peu de piment dans certains passages pour que s'envolent vraiment notre imaginaire et notre admiration.

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