8.5/10Kronos Quartet au Théâtre de la Ville

/ Critique - écrit par wqw..., le 10/05/2003
Notre verdict : 8.5/10 - Fantaisies contemporaines... (Ecrivez votre critique)

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Cette première date était complète depuis déjà un certain temps et pour cause, le Kronos Quartet, est l'un des quatuors de musique contemporaine les plus en vogue depuis une dizaine d'années, pour ne pas dire plusieurs décennies. Sans aucun doute grâce à leur permanente volonté d'innover, de rechercher. C'est dans cet état d'esprit qu'a eu lieu leur prestation intitulée Visual Music au Théâtre de la Ville.

Le quatuor pénètre sur scène, tout de noir vêtu, chacun s'approchant d'un support métallique de 3 à 6 pieds, du haut desquels pendent des micros. Chaque membre s'empare d'un micro, le lâche, permettant à chacun d'avoir un mouvement pendulaire. S'enchaînent alors cinq à dix minutes d'une musique répétitive mais évolutive comme sait si bien la créer Steve Reich, basée sur des larsens, la rencontre du micro et de son haut-parleur... Un début de concert étrange d'autant que le quartet quitte la scène dès la mise en route du processus. Le public ne sait pas s'il doit en rire ou non et demeure perplexe...

Le groupe réapparaît et se lance dans l'interprétation de Cat O' Nine Tails de John Zorn, sorte de medley où s'entrechoquent en 15 minutes pas moins de 51 moments distincts, musique contemporaine expérimentale et dissonante avec un classique boléro, de la country voire le générique Bugs Bunny. C'est d'ailleurs à ce moment qu'apparaît le lapin géant sur l'écran qui se trouve juste derrière les musiciens.

La suite semble se dérouler dans un univers connu, puisque ce sont trois mouvements de How it happens de Scott Johnson, que l'on retrouve sur deux albums du Kronos Quartet, Short Stories et Howl, U.S.A.. La voix du journaliste I.F.Stone s'élève dans une salle en suspend. Les thèmes abordés, et issu d'une conférence qui a plus de vingt ans, sont pourtant d'une triste actualité. Guerre, religion et leurs dangers, leurs interdépendances.

S'en suit le premier volet du diptyque de Mark Grey, Bertoia I, qui voit l'utilisation des sculptures sonores de Harry Bertoia, toutes de cuivre et de bronze... Sonorités que l'on peut regrouper par familles : carillons, gongs, grésillements et chocs métalliques. D'une main, la sculpture est activée, de l'autre les couleurs harmoniques et dynamiques sont contrôlées. Le public applaudit un peu froidement, mais c'est la première fois qu'il se permet de donner cours à son enthousiasme qui pour le coup a été un peu calmé...

Le quatuor en profite alors pour passer derrière l'écran et apparaît en transparence pour The Day the earth stood still de Bernard Herrmann. Sur l'écran : le Kronos Quartet en train de jouer. Derrière l'écran : le Kronos Quartet en train de jouer. Moment d'incertitude, une projection en directe ? Un léger décalage, mais l'effet est là, envoûtant hypnotique, une musique pour cordes, Thereminvox et clavier.

La vidéo d'un piano vu de l'intérieur pour un incroyable Boogie Woogie joué à un rythme endiablé. Alors prévu pour un piano mécanique, c'est bien un quatuor à cordes que l'on entend même si parfois les sonorités portent à confusions. Ils jouent en effet certaines parties du morceau sur leurs propres sonorités samplées. Pièce qui, s'il fallait encore le prouver, nous montre la grande qualité technique du Kronos.

Les applaudissements sont plus francs et les musiciens reprennent place sur le devant de la scène mais dos au public... Une nouvelle défiance aux conventions ? Loin s'en faut, car tout d'un coup sur l'écran apparaît une étrange partition, celle du Quartetto per archi. Krysztof Penderecki a composé un bien étrange quartet puisque tout n'est que pincement, grattement, frottement, coups sur les cordes, au mieux des harmoniques. Et l'on se surprend à suivre la musique sur le "papier", pour une partition qui est loin de nos traditionnelles notes de musiques.

Terry Riley a composé une oeuvre à partir des sons récoltés dans notre système solaire, il est un peu triste de savoir que Sun Rings dort dans les archives du Département de Physique de l'Université de l'Iowa... Pourtant c'est bien une partie de cette oeuvre que le Kronos Quartet joue en cette soirée déclenchant les paysages sonores grâce à un ordinateur interactif.

Enfin, après le deuxième volet de Bertoia, le quatuor américain nous surprend encore, prouvant qu'il n'est pas enfermé dans la musique contemporaine en réalisant un cover d'une des chansons de Sigur Rós. Une nouvelle approche qui ne perd rien de son sens originel, mais qui se voit respectueusement et affectueusement embelli, ou tout du moins différemment.

Salué par des applaudissements nourris, le Kronos Quartet nous prouve encore, que son succès est mérité et que ces trente ans de carrière n'ont été que mises en danger et recherches mais finalement pour atteindre une reconnaissance de plus en plus large et sans aucun doute mérité.

 

 

Playlist : Visual Music
Steve REICH - Pendulum Music
John ZORN - Cat O’ Nine Tails (Tex Avery rencontre le Marquis de Sade)
Scott JOHNSON - Three Movements from How it happens
Mark GREY - Bertoia I
Bernard HERRMANN - The Day the earth stood still
Conlon NANCARROW - Boogie Woogie #3A
Krysztof PENDERECKI - Quartetto per archi
Terry RILEY - One earth, one people, one love from Sun Rings
Mark GREY - Bertoia II
SIGUR ROS - Flugufrelsarinn (The Fly Freer)

 

Discographie
Nuevo (2002)
Steve Reich : Triple Quartet (2001)
Terry Riley : Requiem for Adam (2001)
Requiem for a Dream (Soundtrack) (2000)
Kronos Caravan (2000)
Dracula : Music by Philip Glass (1999)
25 Years (1998) 10 Compact Disc Box Set
Alfred Schnittke Complete String Quartetes (1998) Nominated for 2 Grammys
John's Book of Alleged Dances/Gnarly Buttons (1998)
Early Music (Lachrymae Antiquae) (1997) Grammy nominee
Tan Dun : Ghost Opera (1997)
Osvaldo Golijov : The Dream And Prayers Of Isaac The Blind (1997)
Howl USA (1996)
Released 1985-1995 (1995)
Performs Philip Glass (1995)
Night Prayers (1994)
Bob Ostertag: All the Rage (1993)
Morton Feldman : Piano & String Quartet (1993)
At The Grave of Richard Wagner (1993)
Henryk Górecki : String Quartets Nos. 1 and 2 (1993)
Short Stories (1993)
Pieces Of Africa (1992)
Already It Is Dusk (1991)
Astor Piazzolla : Five Tango Sensations (1991)
Kevin Volans : Hunting Gathering: (1991)
Witold Lutoslawski: String Quartet (1991)
Black Angels (1990) Grammy nominee
Salome Dances For Peace (1989)
Steve Reich : Different Trains / Electric Countertpoint (1989) Grammy nominee
Plays Terry Riley - Salome Dances For Peace (1989) Grammy nominee
Winter Was Hard (1988)
White Man Sleeps (1987) Grammy nominee
Kronos Quartet (1986)
Mishima (1986)
Terry Riley : Cadenza on the Night Plain and Other String Quartets (1986)
Music of Bill Evans (1986)
Monk Suite - Kronos Quartet plays the music of Thelonious Monk (1984 ?)

Additional Recordings
Big Bad Love (Soundtrack, 2002)
Ingram Marshall : Kingdom Come (2001)
The Man Who Cried (Soundtrack, 2001)
Andy Summers : Peggy's Blue Skylight (2000)
In Accord (DVD, 2000)
Cafe Tacuba : Reves/YoSoy (1999)
Jay Cloidt : Kole Kat Krush (1999)
Dave Matthews Band : Before These Crowded Streets (1998)
In Accord (VHS, 1998)
David Grisman Quintet : DGQ 20 (1996)
Heat (Soundtrack, 1995)
Joan Armatrading : What's Inside (1995)
Terry Riley : In C: 25th Anniversary Concert (1995)
John Cage : A Chance Operation (1993)
Philip Glass : Songs From Liquid Days (1986)
In Formation (1982)

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