9.5/10Limb's Theorem

/ Critique - écrit par Lilly, le 04/12/2005
Notre verdict : 9.5/10 - Qualité du spectacle (Ecrivez votre critique)

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Trois noms, Forsythe, Willems et Loukos, trois éléments, la chorégraphie, la musique, les danseurs, un spectacle en trois temps, 3 parties distinctes et liées, une évolution de la danse saccadée.

Limb's :


1ère partie de 28 minutes, Limb's offre à voir les prémices de l'éclosion d'une nouvelle danse. Objectif : faire craquer les gaines, rompre avec sa tutelle, laisser entrer le mouvement. Certes la chorégraphie est amplement basée sur l'éventail de l'expression classique, les gestes amples et précis, les mouvements qui suivent une trajectoire directe et qui ne se permettent pas de bifurquer en chemin, un port de tête, un maintien du corps, panoplie de sauts, portés, et autres pointes d'une esthétique vouée à la perfection. Cependant se glissent ça et là des intentions nouvelles, des déviations légères de mouvements plus hybrides.

Sur une musique contemporaine à forte couleur industrielle, la danse se construit et se déconstruit, dans une déferlante de mouvements et d'énergie. Les danseurs se relaient, assurant au plateau une dynamique et une vitesse sans cesse renouvelées. Peu de pause dans cette première partie. Solos, danses en groupe et scènes collectives donnent le rythme à cette mécanique aussi réglée, jusque dans le chaos, que les rouages d'une horloge.

La scénographie est sobre, les danseurs sont vêtus de costumes classiques principalement noirs avec quelques interprètes en blanc. Une gigantesque plaque blanche, surmontée d'une croix en fer, est plantée sur le plateau et se meut au gré des envies d'un personnage dédié à cette tâche : faire pivoter la plaque. Ainsi se crée un jeu d'ombres et de lumière, renforcé par une alternance entre plein jeu de lumière blanche, et lumières jaunes de projecteurs ou d'appareils d'appoints présents sur scène.

Enemy in the figure :

Cette seconde partie, quasiment équivalente en temps, est à mon goût la plus réussie. Les corps s'affranchissent des règles classiques, laissant apparaître une danse plus personnelle, plus expressive. Les costumes sont également plus amples, moins formels, la virtuosité des danseurs est mise au service de trouvailles chorégraphiques plus inattendues. Les danseurs se distinguent plus nettement les uns des autres, la musique se développe dans l'espace, la vitesse s'emballe. Le tout est assez angoissant, agité, torturé, sans aller jusqu'à la violence. Les costumes sont métissés entre le blanc et le noir.
Le principe scénographique reste simple : une plaque, de bois ce coup-ci, au milieu de la scène. Elle servira de paravent aux danseurs qui joueront un cache-cache en courant au devant, au-delà, au-devant, au delà...
Quand le rideau tombe les danseurs sont toujours en mouvement.

Limb's III :

Point d'orgue dans la libération du mouvement, cette dernière partie, la plus courte, frôle la danse contemporaine. Que sont devenus ces corps rigides, quasiment domptés que nous laissaient contempler la 1ère partie ? Restent quelques expressions propres au ballet classique, mais toute rigidité a disparu. Le blanc se fait plus présent, le compositeur Willems a ici joué sur le rythme, laissant un peu de répit à l'angoisse de la partie précédente. Cette dernière partie est donc plus reposée et reposante, des formes collectives moins empressées se dessinent, des duos calmes viennent conclure la pièce. L'élément de décor est cette fois ci, un quart de coque de bateau suspendu et lui aussi pivotant. Les angles de la danse et des décors se sont arrondis doucement au gré de ces trois étapes.

Marquant ou marqué :

William Forsythe est né en 1949 à New York. Il participe aux aventures de la post moderne danse, insufflant au ballet classique un souffle déstabilisant. C'est une danse du mouvement, un régal des yeux, une virtuosité et une chorégraphie quasi parfaites, du « plein les yeux » sans artifice. Et pourtant, malgré l'enthousiasme général de la salle, je reste spectatrice de ce bijou, sans qu'il soit entré en contact avec mes sentiments. Une sensation de beauté donc, de génie certainement, sans en être intimement bouleversée.

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