8/10Luchini (Fabrice) - Le Point sur Robert

/ Critique - écrit par juro, le 22/12/2008
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Une lecture de textes partant rapidement en vrille et voici Fabrice Luchini, infatigable hâbleur, prêt à montrer toutes les facettes de son personnage d'homme de théâtre.

Au-delà des frasques télévisuelles habituelles l'amenant à faire le pitre cultivé pour des débordements souvent drolatiques à l'antenne, Fabrice Luchini est avant tout un comédien qui passe de pièce de théâtre en tournage souvent avec succès. Son côté incontrôlable représente un véritable atout auprès du public pas sûr de ressortir indemne de la rencontre avec un comédien amateur de classiques en tout genres. En reprenant son spectacle Le Point sur Robert, il déclare, déclame, s'amuse, raconte. Dans une salle pleine, cet infatigable hâbleur débite à un rythme soutenu textes pointus et anecdotes personnelles. Paul Valéry, Chrétien De Troyes, Flaubert sont contés avec la diction si particulière du comédien exerçant une pression constante sur les deux premières syllabes. Le but du spectacle est simple : disséminer un peu de culture littéraire au milieu d'anecdotes. Mais pour autant, une question demeure : le public est-il venu entendre des textes ou entendre Fabrice faire du Luchini télévisuel ?

La question est posée : pour quelle raison vient le public, s'enrichir culturellement ou entendre les frasques du comédien ? Pas sûr que la première proposition soit la plus entendue... Mais le spectacle prend immédiatement de l'ampleur. Une pile de livres sous le bras, le comédien entend bien conjuguer les deux et s'évertue à proposer des textes dont la portée échappe souvent au public. Pas forcément évident de rentrer dans le vocabulaire riche et les métaphores inatteignables d'un passage lu d'auteurs ayant constitué l'élite de leur époque. Si les stars actuelles jaillissent du petit écran, celles du comédien sont écrites sur papier et à travers son émerveillement sur chaque phrase, on sent un amour non dissimulé pour les pensées de ces auteurs. Néanmoins, le spectacle n'est en aucune manière une explication de texte, il constitue une lecture éclairé sur de brefs passages avant que Luchini ne parte dans ses excès avec autant d'auto dérision que possible. Sa bonhomie (un « tous ensemble » moqueur mais tellement à propos) contraste avec le ton cynique sur lequel il lance quelques piques au public (et à la ville de Sèvres, ce soir-là) ou son ton lucide sur le déclin culturel français (et en particulier les livres de Marc Lévy).

Ce petit goût de nostalgie laisse penser que l'artiste ne trouve plus sa place dans le présent. Il dégage une certaine fragilité dont on ne saurait douter mais en même temps, il se trouve prêt à bondir d'un coin à l'autre de la salle pour faire rire un public, balayant le champ émotionnel d'une salle qui ne sait plus très bien si elle doit rire ou rester attentive. Une grande partie n'attend que le rire, les autres resteront attentifs aux deux facettes du comédien qui réussit à captiver et garder l'attention de bout en bout durant l'heure quarante de spectacle, ses multiples échanges avec le public y étant certainement pour beaucoup. Faire découvrir des auteurs quasiment inconnus pour la grande masse d'aujourd'hui ou évoquer des noms célèbres en s'amusant, tel est le credo de l'artiste. Un choix brillant tout à fait respecté aussi intéressant que divertissant. Une performance qui ne pouvait être digne que d'un homme de théâtre habile à la mémoire prodigieuse.

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