9/10Les Machines de l'Ile de Nantes

/ Critique - écrit par Kei, le 03/07/2007
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Le compte rendu de l'inauguration des Machines de l'Ile de Nantes. Un moment exceptionnel partagé par des milliers de Nantais.

Si Nantes est connue, ce n'est pas seulement pour sa pluie et pour le cadre de vie qu'elle offre. C'est aussi pour les Petits Beurres et parce qu'elle est la ville de Jules Verne. Et du Jules Verne, à Nantes, on en mange à toutes les sauces. Mais ce qui est extraordinaire, c'est que l'écrivain et ses univers semblent avoir marqué l'esprit de la ville d'un esthétisme particulier. En 2005 avaient débarqué une petite fille de quelques mètres de haut, la "petite géante", et son père, le Géant. Ces marionnettes extraordinaires de la troupe Royale de Luxe avaient déambulé dans la ville sans programme pré-établi, pour le plus grand bonheur des nantais qui s'étaient massés dans la rue. C'est à peu près au même moment que naît le projet des machines de l'île de Nantes. Projet dont la première phase a été inaugurée ce samedi 30 juin 2007, et qui est l'objet de la présente chronique. Inutile de présenter le projet en détail ici, ce sera fait de manière très complète dans un futur article portant sur le projet complet, et non pas seulement sur l'inauguration. Ce que nous vous proposons ici, ce n'est que le récit de cet événement tel qu'il a été vécu par un des milliers de badauds présents ce soir là. 

17h30. En marchant le long de la Loire pour rejoindre les anciens chantiers navals, on se rend compte que l'endroit grouille de monde. Ados, adultes, parents, enfants, grands parents, bébés, tout le monde ou presque se dirige vers l'endroit où se tiendra l'événement, qui s'annonce déjà comme un succès. D'autant plus que pour la première fois en 10 jours, le soleil pointe.

17h45. Arrivée devant les chantiers navals. Deux des trois gigantesques hangars sont bâchés. Et devant eux se dresse une énorme structure de bois et d'acier, recouverte ici et là de plantes, et sur laquelle vont et viennent des gens portant des badges. Cette structure, c'est la première des 22 branches qui composeront un arbre gigantesque duquel pendront des jardins suspendus. L'oeuvre est titanesque, et au vu de cette première branche, on a le vertige en pensant à la taille de l'ensemble. Mais on ne doute en aucun cas du résultat. Ce premier morceau qui s'offre à nos yeux possède un cachet certain. A la fois très sobre et recherché, il évoque un délire architectural du XIXe siècle. La faute (ou le mérite) en revient à son esthétique très steampunk.

18h00. Musique ! Des basses, du rythme. C'est sur une sorte d'hymne tribal, très marqué, plein de changement de rythme et de bruits que s'ouvre cette inauguration. Tout le monde a les yeux rivés sur les hangars. On se demande d'où va pouvoir sortir le pachyderme géant que les affiches présentes sur la place nous ont promis. La musique est très pesante, très forte. Elle se veut sans doute l'écho du bruit des pas de l'éléphant. On attend, on guette, on trépigne. Les organisateurs font monter la sauce.

18h05. Des officiels avec des papiers dans les mains montent dans la branche. Et Jean-Marc Ayrault (maire de Nantes) prend la parole. Le texte est sympathique et parfaitement calibré avec l'événement, empreint à la fois de solennité et de fantaisie, porté par un lyrisme certain, mais il ne fait pas vraiment mouche. Jean Marc Ayrault est politicien, pas conteur. Un discours que l'on oublie dès le dernier mot prononcé car le rideau de la troisième halle commence à se lever alors que la musique reprend de plus belle. Et il arrive. Enorme avec ses douze mètre de haut. Majestueux avec sa démarche lente et posée. Tout simplement magique. On applaudit, les enfants crient, sautent, grimpent sur les épaules de leurs parents. La nacelle du pachyderme est pleine de gens, et sur sa tête se tiennent debout les deux créateurs et architectes du projet. Un pas. Deux pas. Trois pas. Le mastodonte est sorti. Et pour annoncer son arrivée, il barrit. L'occasion pour nous de s'émerveiller devant toutes les articulations et toutes les parties mobiles de l'animal. Trompe, oreilles, yeux, et même la langue. En plus bien évidemment des pattes et de la queue qui se balance en permanence. Le barrissement est salué par une salve d'eau tirée dans un bruit sourd. La vague semble suspendue en l'air quelques instants avant de retomber sur le public. L'animal avance alors lentement dans la foule, et tourne pour s'en éloigner, aussi suivi par la masse des gens. L'occasion de prendre le temps de contempler l'extraordinaire manège qui trône sur la place. Un manège qui rappelle plus un bricolage géant qu'une attraction grand public. Une oeuvre d'art en soi. On regrette presque de ne plus avoir 10 ans pour monter sur un siège et actionner toutes les parties mobiles qui y sont rattachées.

Tout d'un coup retentissent deux autres détonations. Et des centaines de cartes volent dans les airs. Des cartes créées pour l'inauguration, reprenant une esthétique que n'auraient pas reniée les expositions universelles du dix-neuvième siècle. On se bouscule et on se précipite pour en récupérer une. Pas de panique. Deux ou trois autres salves seront tirées plus tard, toujours dans un vacarme assourdissant.

18h30. L'éléphant continue sont petit tour dans la foule. La musique s'arrête. Les gens massés sur la place commence à se disperser, soit en direction du centre, soit en direction du très récent hangar à bananes (un ancien hangar gigantesque transformé à grand coup de décoration toutes plus originales les unes que les autres en un formidable lieu de sortie). Les amateurs continuent à marcher le long de la machine. On cherche comment ça marche. On se demande ce que sont ces traces blanches que laissent les pas (sans doute de la magnésie ou du talc pour permettre aux pattes de glisser sur place).

Et on rentre, tout émerveillé, en se promettant que l'on reviendra dans 5 ans, lorsque le projet sera achevé, pour admirer une oeuvre unique et fantastique. En attendant, dès le premier juillet on pourra contempler toutes les créatures déjà créées. Avis aux Nantais et à leurs proches voisins : Les machines de l'île de Nantes s'annonce d'ores et déjà comme un lieu magique.

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