9/10Marie-Partira

/ Critique - écrit par Lilly, le 23/01/2006
Notre verdict : 9/10 - Un engagement artistique assumé (Ecrivez votre critique)

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Plateau vide. Un couple. Ou des inconnus. Des inconnus à moins qu'ils ne soient que trop connus pour tout un chacun. Des disputes comme on les a tous vécues. La haine tant que l'amour, la haine dans l'amour. Et pourtant, les rapports sont plus forts, le quotidien exacerbé, les accusations plus violentes, un concentré d'1h30 (peut-être un tantinet trop long) contenant l'absurdité et la beauté de nos relations de toute une vie. Tout tient dans les mots. Car dans cette pièce qui nous est si proche et pourtant s'avère si peu banale, Jean-Cyril Vadi laisse avec bienveillance résonner les mots de Claude-Henri Buffard.

Après un an de séparation, un couple se retrouve. La femme ne reconnaît pas son mari, d'abord physiquement, puis c'est son être tout entier qui lui est étranger. Il la reconnaît, puis s'étonne des changements qui l'ont métamorphosée. Après un an d'amour frustré, ce sont les rancoeurs passées et les jalousies dissimulées qui ressurgissent. Emotions et rires face au ridicule de ces reproches que nous connaissons par coeur, témoignent des ressorts d'un texte bien ficelé. Méconnaissance, reconnaissance, renaissance, mise en question des limites de la communication, de l'écoute, de la compréhension de l'autre, de soi, du monde.

Sur le plateau vide s'épanouit la création lumières de Manuel Majastre. On apprécie ces suggestions d'exotisme, ces clairs-obscurs, ces ombres et lumières, de simples repères tremplins à l'imagination. Et on ne saurait oublier de contempler la prestation des comédiens, extrêmement différents dans leur diction, dans leur jeu et pourtant en harmonie dans cette désunion impossible. Isabel Oed est tout spécialement majestueuse d'expressions offertes à une Marie attachante et agaçante.

Une jeune compagnie, une relation particulière entre metteur en scène et auteur vivant, une grande fraîcheur des comédiens, un véritable pari de créateur en faveur du texte et de l'épur, défi tenu et sans ennui, autant d'arguments pour ne pas laisser cette pièce passer inaperçue dans l'ombre des spectacles clinquants. C'est une pièce qui trouve en chacun de l'écho, qui se niche quelque part dans un coin de notre intimité, et qui se déroule à nos côtés quand le monde nous reprend loin de la salle noire.

Qui se plaint de ne plus avoir d'auteurs vivants ? Qui déplore un théâtre soi disant abscons ? Voilà un théâtre qui emprunte les voix de la simplicité et du quotidien pour réveiller un peu ses contemporains. Où sont alors ces contemporains, quand les comédiens offrent toute leur énergie à une poignée de spectateurs ?
Grenoblois, il vous reste une semaine (jusqu'au 28 janvier) pour courir profiter de la pièce et soutenir, enfin, la jeune création...

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