6.5/10Nosferatu : ciné-concert live

/ Critique - écrit par riffhifi, le 01/02/2010
Notre verdict : 6.5/10 - Un classique revampé (Ecrivez votre critique)

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Un dimanche sur deux, le classique expressionniste Nosferatu est présenté au Théâtre du Marais avec un accompagnement musical live, raisonnablement éloigné des standards sans pour autant verser dans l'hérésie.

Si vous avez le moindre goût pour les films de vampires en général, les films de Dracula en particulier, le cinéma muet, l'expressionisme allemand ou la filmographie de Friedrich Wilhelm Murnau, vous avez forcément déjà vu Nosferatu, classique incontournable dont les multiples versions en circulation (à peu près autant que Metropolis, c'est dire) laissent surnager quelques visions cauchemardesques et surnaturelles qui hantent la mémoire collective des
cinéphiles.

L'expérience individuelle n'est pas comparable à l'expérience collective. Historiquement, le cinéma muet est conçu pour se déguster en salle, avec la présence physique d'un pianiste chargé d'accompagner l'œuvre d'une partition de son choix (ou d'une improvisation enlevée). Une proposition de recréer cette ambiance ne se refuse pas : cette année, c'est dans la petite salle du Théâtre du Marais que l'on peut revoir Nosferatu, un dimanche sur deux à 11h30. Le collectif Freaks on Sunday, composé de Romain Coltier et Thibault Chevaillier, offre un accompagnement musical inattendu, puisque constitué essentiellement de guitares (une acoustique, deux électriques) ; les deux artistes font occasionnellement intervenir des percussions simples et un toy piano, le tout parfois accompagné d'effets vocaux.

Que les puristes se rassurent : l'approche choisie n'a rien d'hérétique, il n'est pas question d'ultra-moderniser le ton comme Giorgio Moroder l'avait fait sur Metropolis (nous y revoilà) à coups de sons électroniques balancés sur un montage raccourci et colorisé. Quoique, raccourci... La version proposée affiche tout juste une heure, soit environ trente minutes de moins que la plupart des copies en circulation. On serait cependant bien en peine de distinguer les scènes manquantes, et la différence réside peut-être essentiellement dans la vitesse de défilement des images. Quant aux intertitres, ils rendent aux personnages les noms du roman de Bram Stoker (Harker, Dracula, etc.), là où de sombres questions de droits d'auteur les avaient originellement baptisés Hutter, comte
Orlok, etc. Le résultat est le même, et la poésie des intertitres les plus célèbres (« Et quand il eut dépassé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre ») reste intacte.

A y bien regarder, l'humilité et le respect des musiciens envers le film est à la fois leur force et leur faiblesse. Refusant de tirer la couverture à eux, ils se contentent la plupart du temps d'illustrer les images à l'aide de mélodies itératives, jouant essentiellement sur les différences de sonorités (les personnages malsains comme Renfield et Dracula appellent plus d'électricité que les autres). Ce qui ne les empêche pas d'être conscient de certaines touches d'humour involontaire d'une œuvre nonagénaire et parfois un peu candide, qu'ils soulignent avec malice mais sans excès. Au final, la séance s'avère agréable, conviviale (limite bricolage, avec sa projection à l'aide d'un ordinateur connecté à un rétroprojecteur), et permet de porter un regard neuf sur un film que l'on aurait tort de confiner aux simples cours de cinéma.

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