6/10Pharaon - Paris

/ Critique - écrit par Caroline, le 12/01/2005
Notre verdict : 6/10 - Pharaon is back (Ecrivez votre critique)

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L'Institut du Monde Arabe à Paris (l'IMA pour les intimes) accueille l'Exposition Pharaon depuis le 15 octobre 2004 et jusqu'au 10 avril 2005. Pour les formalités pratiques, allez jeter un coup d'oeil au site Internet de l'Institut. D'ailleurs, il propose une visite virtuelle de l'exposition. Malheureusement encore en cours d'élaboration... et l'on craint qu'elle ne soit là pour pallier au « problème » d'affluence. En effet, c'est une exposition « à succès » et les espaces de l'IMA ne peuvent souvent pas assimiler cette foule énorme. Si bien que, parfois, les portes sont fermées en pleine journée pour que le flux des visiteurs s'écoule progressivement.

La présentation commence fort puisque c'est Toutânkhamon, « obscur » roitelet de la XVIIIème dynastie, qui nous accueille souriant du haut de ces 3 mètres bigarrés. Ensuite, l'exposition s'organise en différentes sections autour de la figure du roi. En introduction, une galerie de « portraits » de différents pharaons met en évidence la permanence des codes de représentation du roi et de la royauté en Egypte ancienne. Viennent ensuite 6 thèmes visant à mettre en avant divers aspects de pharaon : Images et Symboles de la monarchie, Pharaon comme intermédiaire entre les hommes et les dieux : le temple,  Pharaon garant de la victoire du monde avec la victoire sur les ennemis, Pharaon garant de la prospérité de l'Égypte avec le bon gouvernement, Le palais, la cour, la famille royale et enfin La mort de pharaon : l'éternel retour.
Pharaon est le type même de l'exposition « blockbuster », c'est-à-dire faite pour attirer du monde. 0n ne s'en plaindra pas, on aime encore à croire à la « démocratisation de la culture » chère à André Malraux. Mais le blockbuster est aussi monté pour être « rentable ». Cette exposition a donc un prix : 10 € et 8 € en tarif réduit. On sait bien que « l'art n'a pas de prix  » et que rentabilité ne devrait pas rimer avec culture, mais dans les faits, c'est autre chose.
La presse a fait son oeuvre en médiatisant bien Pharaon mais l'exposition elle-même colle à cette image de « blockbuster », avec  un sujet « racoleur » comme l'Égypte pharaonique (surtout en France où « l'Égypte est une vieille passion française »), un thème prestigieux comme la royauté et surtout des oeuvres exceptionnelles pour ne citer que le masque en or de... Psousennès Ier (désolée pour ceux que auraient encore aimé lire le nom de Toutânkhamon !!!) Cela dit, la sobriété et la finesse du masque de Psousennès égale, voire surpasse largement celui de Toutânkhamon! Une oeuvre en visite de nouveau en France après 18 ans. Je ne résiste pas à l'envie d'évoquer aussi un des colosses d'Akhenaton dont l'art fut si original et dont le fragment conservé mesure encore plus de 2 mètres.
Mais, l'intérêt scientifique de l'exposition est limité : pas de nouveautés archéologiques, pas de réinterprétations fondamentales, pas d'oeuvres sorties des réserves... en un mot : aucune substance inédite !!! De plus, il s'agit de la même exposition que celle qui s'est tenue l'année passée au Palazzo Grassi de Venise. Même sujet et même thème avec un subtil changement de titre : Les pharaons sont devenus Pharaon. De plus, les oeuvres elles-mêmes sont dans l'ensemble identiques... à part ces oeuvres supplémentaires empruntées au Louvre (ce qui dépeuple provisoirement les salles du musée !). Le problème ne réside pas tant dans le fait qu'il s'agisse de la même exposition (les expositions prestigieuses étant souvent itinérantes !) mais que cela ne soit pas clairement précisé !
Cependant, ne boudons pas notre plaisir, les oeuvres exposées sont remarquables par elles-mêmes et généralement bien mise en valeur (la salle 2 est peut-être un peu sombre). Les oeuvres « respirent » et les chefs d'oeuvres ne se télescopent pas. La présentation est claire.
Allez-y pour savourer un pur moment de délectation esthétique (bien que cette notion soit absolument absente de toutes pensées et productions égyptiennes !) mais pour ce qui est des connaissances, préparez-vous afin de remettre utilement les oeuvres en contexte, avec quelques lectures bien choisies (elles ne manquent pas sur le sujet !).
Notez également que le catalogue de l'exposition reprend quasiment mots à mots celui du Palazzo Grassi avec quelques articles dont les auteurs ont changé. Si vous possédez le premier : abstenez-vous pour le second, vous économiserez 45 €. De plus, les illustrations des articles semblent faites en dépit du bon sens et les reproductions ne sont pas toutes d'une qualité irréprochable.

Enfin, c'est le moment d'y aller, la cohue et l'enthousiasme des débuts (plus de 3h00 d'attente) commence à s'épuiser. Mais attention allez-y avant début mai car la fermeture de l'exposition sera proche et les retardataires nombreux !

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