8/10Le Porte-Bonheur - Paris

/ Critique - écrit par gyzmo, le 03/03/2006
Notre verdict : 8/10 - Pérégrinations et Dragons d'eau (Ecrivez votre critique)

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Après quatre heures de pérégrinations hasardeuses dans la Capitale, cernés par le manteau grelottant de la nuit naissante, égratignés aux visages par le froid acerbe, les entrailles labourées par la faim entêtée, un regard désespéré plonge dans celui, ankylosé, de sa partenaire de marche, lorsque les nombreux espaces de restauration de la Place République firent étinceler leurs enseignes à leur arrivée. D'abord l'espérance de trouver un réconfort. Puis le frisson d'épouvante les traverse à la vue des traquenards culinaires que sont McDo, Quick et Buffalo Grill. La nuit, le froid, la faim et les ampoules aux pieds attendront encore un peu qu'ils trouvent le parfait endroit...


Non loin de là, le long du boulevard Saint Martin, un néon étincelant et plein de couleurs les attire alors à lui. Ils cherchaient un restaurant japonais où se gaver de sushi et de brochettes en tout genre, et c'est un restaurant chinois et thaïlandais qui finalement sera leur Porte-Bonheur.

La devanture empiète sur le trottoir. A travers ses vitres, l'espace véranda d'où l'on voit quelques clients attablés, parmi lesquels un gros monsieur qui dévore goulûment un plat dont on n'ose imaginer la consistance poisseuse. Ce spectacle peu apetissant trahit le peu d'intimité qu'offre sans doute l'endroit et une fois à l'intérieur, leurs doutes se précisent. Le restaurant, dominé par la peinture rouge et le vert des plantes en pot qui font office de cloison, semble construit tout en longueur. La courte section véranda débouche sur une grande statue représentant deux dragons entremêlés. Devant elle, un escalier circulaire qui conduit à un étage de restauration. Derrière elle, un comptoir. Tout autour, de larges glasses placardent les murs, simulant l'immensité. Mais tout ceci est un leurre. Les tables sont très rapprochées les unes des autres et confortablement installés dans un coin qu'on pourrait croire tranquille, au détour d'un silence, il suffit de tendre l'oreille pour deviner les conversations des autres clients environnants.

Le menu à la carte est illustré de photographies fort séduisantes : langoustes aux grains de soja noirs, cuisses de grenouilles à l'ail et au poivre, soupe aux ailerons de requin et au crabe. Nos deux partenaires de pérégrinations hasardeuses optent cependant pour un menu du soir très simple et peu onéreux qui laisse le choix entre plusieurs entrées, plats principaux et desserts. Une omelette aux légumes et un poulet frit à la thaïlandaise, accompagné de riz pour l'Un. Celui-ci aurait bien aimé choisir le dessert plus tard, pour savoir si une glace légère valait mieux que deux costauds beignets aux pommes après un possible repas rassasiant, mais le chef de commande, sans doute fatigué de sa longue journée, leur refuse cette disposition. Un instant, ils auraient pu penser être les malvenus en ce lieu. Heureusement, le service effectué par un délicat et souriant jeune homme les a accompagné tout au long de ce festin effectivement copieux. Deux des quatre beignets préalables choisis échappèrent d'ailleurs à une visite guidée de leurs deux estomacs, repus de bonnes saveurs et d'épices.

Le moment de recevoir l'addition se fait attendre. Les deux partenaires ont beau essayer de rentrer en communication télépathique avec le chef de commande (après avoir diriger vers lui des regards insistants... voire même un doigt timide dressé dans le vide), il ne semble pas avoir compris qu'ils en avaient terminé avec ce « souper »... depuis plus d'un quart d'heure. La lourdeur du sommeil commence à les guetter de son oeil hypnotique. Tout à coup, la gueule d'un des dragons se met à cracher continuellement un petit jet d'eau. Stupéfaction ! Il ne s'agit pas d'une simple statue mais d'une fontaine dans laquelle des poissons tournent en rond. Le bruit (plus ou moins) reposant de ce filé de flotte va sans nul doute les bercer dans un état de quiétude assommante. Pourtant, c'est l'appel du pipi improbable qui leur vient à l'idée ! Cela presse à l'Un d'eux l'idée de lever bien haut la main, comme à l'école, pour se faire remarquer et implorer une escapade au petit coin. Face à ce geste impulsif (mais empreint de l'absurde inquiétude d'être figés sur place par la douce Morphée), le chef de commande parvient enfin à décrypter leur attente. Il était temps...


Au dehors, la nuit a patienté longtemps pour tenter d'envelopper nos deux partenaires. Mais forts de leurs entrailles pleines de victuailles, ils affrontent désormais son manteau grelottant sans peine, alors que le froid revigorant les aide à sortir de l'endormissement post-culinaire. Une courte marche pour favoriser la digestion, le porte-monnaie allégé seulement de quelques piécettes, Jolie Fossette et Subtil Affectueux repartent avec le souvenir d'un agréable moment en tête, contents d'être tombés, aux hasards de quatre heures de pérégrinations dans la Capitale, sur ce petit resto chinois et thaïlandais... plutôt réconfortant.

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