8.5/10Les Souliers Rouges

/ Critique - écrit par Lilly, le 03/02/2006
Notre verdict : 8.5/10 - On croque avec plaisir dans ce bout d'étoile (Ecrivez votre critique)

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Dans la vie il y a les chaussures, celles qui vissent nos pas dans la réalité, et les souliers, les souliers magiques, les souliers qui nous font virevolter vers notre imaginaire. Des deux adolescentes qui entrent en scène l'une, Mammadera, croit avec ferveur au monde du rêve, voit ce que son imaginaire lui montre : sa mère défunte, un pays où enfin « Eux », ces militaires, ne tirent plus sur les enfants emplis de gaieté, un monde où l'on pourrait rire et danser, une terre libre. L'autre, Favilla, ne voit rien. Elle se défend contre la réalité qui l'entoure en portant près d'elle un revolver, en jouant les dures, en défiant quiconque de l'approcher.
Une relation d'amitié faite de violence, de raillerie et pourtant de dépendance, lie ces deux âmes d'enfants gâchées par un contexte de dictature cinglante. Mammadera a promis à Favilla de lui donner les souliers rouges de sa mère qui vient de mourir, elle ne les retrouve plus, et veut entraîner Favilla au Sud. Mais elle refuse. Peu à peu Mammadera conte ces histoires merveilleuses où sa mère chaussée de ces souliers devient l'allégorie de la gaieté. Favilla se laisse prendre par ces images qu'elle refoulait jusqu'alors, et chausse elle-même les souliers, danse, rit, et meurt, abattue en pleine allégresse par « Eux » ces hommes qui assassinent la vie, fusillée par la réalité.

Fable tragique et pourtant pleine de poésie et d'espoir, le texte est servi par une mise en scène sensible qui adoucit le tragique pour rendre la pièce accessible également au jeune public. Le spectateur entre de plein fouet dans une bulle imaginaire, entouré de fumigènes, il découvre parmi les nuages un ange tranquillement assis sur son banc, suspendu au dessus du plateau, qui introduit la pièce. L'ange portera son regard bienveillant sur les deux adolescentes pendant toute la pièce. Les deux comédiennes interprètent avec justesse leurs différences. Mammadera, Aurélie Tardy, est touchante et rigolotte, farfelue et rieuse, c'est elle qui porte l'énergie de la pièce, sautillant, grimaçant, dansottant. Favilla, Amarine Brunet, joue la dure et fait naître en nous un sourire tendre. Les lumières précises et enchanteresses, ainsi que la musique joyeuse, légère et enfantine, proche des carrousels dans les fêtes foraines participent pleinement de cet appel à l'imaginaire. Peu d'éléments de décors matériels, quelques suggestions seulement pour recréer l'ambiance de ce cadre qui oscille toujours entre chaleur du rêve et peur de la réalité.

Les Mangeurs d'Etoile nous offrent une mise en scène bien ficelée, pour une histoire attendrissante porteuse de douleurs inhibées. La pièce devient métaphore poussée à son paroxysme de l'adolescence, ce moment du passage pénible de l'enfance à l'âge adulte. Pour l'apprécier il faut aimer l'esthétique simple, la parole, l'interaction entre deux personnages et la force des images, ceux qui aiment l'action et la surenchère de mouvements ne s'y retrouveront pas face à ce spectacle que la compagnie a choisi de rendre allusif et modéré.

Le spectacle a été créé à l'Espace 600 en 2005, reprise jusqu'au 3 février au Théâtre de création, Grenoble.

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