8.5/10Utopiales 2006

/ Critique - écrit par Kei, le 30/11/2006
Notre verdict : 8.5/10 - Les envahisseurs, j'en fait mon affaire : un marx et ils repartent (Ecrivez votre critique)

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Des festivals de science-fiction, il n'y en a pas des dizaines en France. Le genre est trop souvent associé à des hordes d'ados boutonneux se pâmant devant des vaisseaux spaciaux, à des informaticiens fans de Star Trek ou aux films de papy Lucas. Et pourtant il est extraordinairement riche. Illustrations, romans, nouvelles, bandes dessinées, jeux vidéos, la liste est longue, et la production est conséquente, même en France, même si l'on a tendance à penser que la SF se fait outre atlantique.

Etant moi même grand fan de SF (mais n'étant plus ado, ni fan de Star Trek et encore moins de Star Wars), l'idée d'aller aux Utopiales, un des plus grand salon français dédié à la SF me transportait d'aise. Malheureusement, les aléas de mon emploi du temps ne m'ont permis d'y aller qu'un seul jour sur les quatre que durait le salon. Un salon se déroulant dans la plus grande et la plus classe des salles de Nantes : la Cité des Congrès. Plus de 5000m d'espace, répartis sur 4 étages, 2 salles de cinéma, des dizaines de pièces et un hall gigantesque.

Au lieu de faire une review thématique, qui se rapprocherait grandement d'un communiqué de presse très développé, je vous propose une visite de l'endroit, comme celle que pourrait faire un visiteur fraîchement débarqué dans l'endroit, comme celle que j'ai fait, moi. J'ai tout à fait conscience du fait que la disposition des espaces que je décris ici n'est pas évidente, et qu'un plan de la salle aurait grandement aidé, mais j'ai été dans l'incapacité de trouver un plan convenable.

En entrant, trois possibilités : à droite une exposition sur les voitures volantes, à gauche des illustrations, tout droit un escalier permettant de descendre au premier sous sol. J'opte pour la première solution. L'exposition reprend toute l'histoire des voitures volantes, ces machines censées remplacer nos voitures dans le futur. Outre de nombreuses photos, et des textes expliquant les origines de ce fantasme, on trouve des articles particulièrement intéressants sur une entreprise américaine qui développe depuis une vingtaine d'année une voiture de ce type, en dilapidant une montagne de dollars pour un résultat des plus mitigés : personne n'a encore osé monter dans leur prototype. La vidéo projetée montrant les essais grandeur nature du prototype est très amusante, mais on comprend vite que les petites voitures flottant à quelques mètres du sol, ce n'est pas pour demain.

Je poursuis ma visite, et arrive au centre du hall, là où se tient une scène surmontée d'un écran géant. Une demi douzaine de personnes y parlent face à un public assez peu nombreux (comparativement au nombre de chaises disponibles). Il s'agit en l'occurrence d'une conférence sur Mars. Je ne m'attarde pas, préférant découvrir le reste du salon, me disant que j'aurais tout le temps d'y revenir durant la journée. Je me trompe lourdement, mais je ne le sais pas encore.

Assez dérouté par les robots suspendus et immobiles que je trouve devant moi, je décide de prendre la tangente pour aller dans les salles sur les cotés. Dans le petit couloir, il y a deux stands. L'un est un stand manga, isolé et perdu dans le salon. On se demande un peu ce qu'il fait là. La personne tenant le stand aussi. On a un peu du mal à voir le rapport entre la SF et le manga en général, puisque c'est ce qui est exposé ici, à travers différend magazines de prépublication et de séries n'ayant rien à voir avec la SF. Le stand à côté est plus vivant. Deux personnes animent un jeu de rôle utilisant bandeaux et pistolets à flèche. Ca donne envie, mais j'ai d'autres choses à voir. Ma vie sociale ayant décidé de ne pas m'accompagner aux Utopiales, je ne peux pas profiter des jeux (pour lesquels il faut s'inscrire) et poursuit mon chemin dans la salle suivante. Il s'agit de la première des deux salles de jeux. Elle est consacrée uniquement aux jeux de sociétés. Outre les stands d'éditeurs et de magasins de jeux, on trouve des dizaines de tables, toutes proposant une activité différente, avec à portée de main une personne capable d'expliquer les règles pour lancer tout le monde dans la partie. Il s'agit sans doute là de la pièce la plus conviviale. On remarque tout de même que la moyenne d'âge y est sensiblement plus basse que dans le reste du salon. Et dire que l'on pense encore que les jeunes ne savent pas s'amuser "à l'ancienne", autour d'un jeu de société. Les clichés ont la vie dure, pourtant ce qui ressort ici est très clair : ces jeux ont la côte. Et dans un coin de cette salle, une toute petite exposition intitulée "les jeux de Marx". Plusieurs graphistes ont créé pour l'occasion des boites de jeu, assortis d'un petit texte, sur le thème des jeux communistes. Propagande, marxisme et anti-impérialisme sont à l'honneur. Reste qu'au milieu des "Supermarx VS Captain America" et des autres boîtes sélectionnées par le "Bureau des Jeux", on trouve des vrais jeux. Difficile de les différencier des autres. Mais on rigole un bon moment à lire les petites descriptions, à regarder les images et à imaginer les concepts qui pourraient se cacher derrière ces fausses boites.
Un seul regret : être venu seul. Il y avait là énormément de jeux à tester, dans une ambiance très bon enfant. Ne pas avoir pu en profiter à été une vraie frustration.

En face de cette salle, on trouve une toute petite pièce : l'espace La Volte. L'éditeur de Chromozone et de la Horde du contrevent y propose des séances de lecture sur fond musical. Une initiative prise pour promouvoir une nouvelle idée de cette petite maison d'édition : la Bande Originale de film (nous en reparlerons très bientôt ici). Je passe hélas trop tard, et n'ai rien le temps de voir. Juste le temps de discuter un peu avec les personnes présentes, et je repart.

Je continue ma visite en faisant le tour du rez de chaussée. Je repasse devant les robots suspendus, qui se sont mis en mouvement. Il s'agit d'art robotique, fait par un dénommé Bill Vorn. Je dois bien avouer que je ne suis pas très réceptif à cette forme d'art, trop expérimentale pour moi, et surtout trop bruyante. Les cliquetis réguliers des bras articulés ont de quoi en énerver plus d'un, surtout parmi les spectateurs des conférences, directement exposés à ces bruits secs et agressifs. Juste derrière ces machines, se trouve la station skylab 5. L'idée est de nous y faire découvrir la vie extraterrestre par le biais d'observations et d'expérimentations, et non pas à travers d'images claires et net des aliens. Une très bonne idée sur le papier, mais qui tombe un peu à plat dans le cadre des utopiales. On se déplace à travers différentes oeuvres, à mis chemin entre la maquette et la vision d'artiste, sans trop comprendre ce qu'il faut faire, ce qu'il y a à voir. Encore une fois, l'idée m'échappe, et je ne suis pas le seul. Les autres personnes présentes dans la station au même moment que moi ont l'air tout aussi dubitatives devant ces "attractions".

Je traverse la station pour découvrir une seconde exposition, celle ci beaucoup plus accessible et compréhensible pour moi : les super-héros. Pour le fan de science appliquée un peu débile que je suis, l'exposition n'apprend pas grand chose. James Kaliakos et Roland Lehoucq (auteurs respectivement de "Physics of superheroes" et "Faire de la science avec Star Wars") en apprennent plus qu'une exposition, mais voir des statues grandeur nature de Superman à tendance à faire sourire. Pour le néophyte dans le domaine, l'idée est tout de même bonne. Ce n'est pas tous les jours qu'on nous explique pourquoi tel pouvoir ne sera jamais possible, même dans un futur lointain, et pourquoi on peut continuer à espérer à propos de celui ci.

Je délaisse cet espace, passe devant le café, et remonte vers l'entrée, et vers l'espace consacré aux arts plastiques. Une association de professionnels (Art&Fact pour ne pas la nommer) y expose des illustrations absolument sublimes. Des images brutes, sans texte qui montrent qu'en dépit de ce que certaines couvertures de romans veulent parfois nous faire croire, l'illustration de science-fiction à encore de très beaux jours devant elle. Et pour nous le prouver, l'association à mis en place en stand sur laquelle un illustrateur construit une oeuvre sous nos yeux ébahis. Du bonheur en barre.

Revenu à l'entrée, je prend les escalators pour descendre d'un étage, et découvrir une mini projection continue. Je ne prend pas le temps de m'y intéresser, préférant de loin continuer ma visite avant de m'attarder sur quelque chose risquant de prendre quelques heures. Je part donc sur la gauche pour visiter une autre exposition, "Invaders from Marx on paper". Une rétrospective du cinéma de science fiction du bloc de l'est, faite uniquement à travers des affiches de film. En plus du graphisme prêtant franchement à sourire, on découvre avec plaisir des affiches mêlant allègrement propagande, symbolisme et fiction. Dommage que cette exposition ne prenne tout son sens que lorsque le spectateur possède une certaine culture artistique et historique, lui permettant de rattacher certaines images à certains courant. pour le visiteur lambda, tout ceci est un peu obscur. Un sentiment que je ne suis pas seul à partager, car en dépit des nombreuses personnes présentes aux Utopiales, cet espace était totalement vide lorsque je l'ai visité. Un bon point pourtant : cela soulève un peu d'intérêt pour ce pan totalement inconnu (au moins pour le grand public) de la science fiction. Cela aurait été encore mieux si cette exposition avait été rendue disponible sur internet après le salon. Cela aurait permis de s'impliquer un peu et de faire plus que découvrir simplement le sujet.

Un peu déçu, je tente de descendre au second sous sol, mais celui ci est vide. La salle de cinéma est occupée par une projection, et il n'y a rien d'autre à cet étage. Je monte alors au premier étage, pour y découvrir une librairie qui n'existe normalement que dans les rêves de fan de SF : une librairie entièrement consacrée à la SF, que ce soit en bande dessinées ou en livres. Un vrai salon du livre, alimenté par Les librairies complices de Nantes (un regroupement de 8 librairies nantaises). Le site du festival précise qu'il s'agir du plus complet des salons européens dédiés à la science fiction.
Un vrai bonheur. Un vrai mange-fric aussi.
Difficile de résister lorsqu'il y a une telle profusion de livres et de bandes dessinées, surtout lorsque les auteurs sont à portée de main. Ce n'est pas tous les jours que des pointures anglo-saxonne se montrent dans un festival français.

Ce n'est qu'un bon moment plus tard que je sors de cet espace pour me diriger vers la dernière salle, celle des jeux de rôles. L'ambiance y est sensiblement la même que dans celle des jeux de plateau. Et comme pour celle-ci, je ne peux profiter de rien.

Je flâne durant le reste de l'après midi dans les salles, à la recherche d'auteurs pour des dédicaces, pour passer le temps avant l'attraction de la soirée : le chessboxing. Pour passer le temps donc, je regarde un film d'horreur dont la nullité m'effraie plus que le film lui même. Mon voisin n'est pas du même avis, on discute 5 minutes après la séance, et on va prendre place devant la grande scène, celle sur laquelle il y avait les conférence, et qui est maintenant transformée en ring de boxe. Ce soir, ce sera "Anti-terror" Frank contre Pawel "Blitz". J'apprécie à sa juste valeur la puissance intellectuelle des lycéens assis à ma gauche, qui se mettent à huer Frank lorsqu'il apprennent qu'il est policier (bac -2 les enfants). Heureusement, le bruit de leurs remarques ne couvre pas les commentaires, qui eux sont plutôt intelligent. Mais on sent que c'est une première : le commentateur de la partie d'échecs à bien du mal à meubler lors des phases de réflexion. Un beau match cependant, qui se termine aux échecs dans le flou le plus total, le logiciel gérant la table d'échec ayant décidé de faire des siennes (connaissez vous le coup de l'apparition spontanée de pion ? Et celui de la téléportation de roi ?), ce qui aura pour effet de faire rigoler un bon coup la salle.

Et c'est la fin de ma journée. Je viens de passer 7 heures dans la cité des congrès et je n'ai pas vu le temps passer. Le salon a beau durer 4 jours, il est tout à fait possible d'en faire le tour en une journée. Pour tous ceux qui peuvent venir à plusieurs, n'hésitez pas et profiter des jeux et des animations. Ils justifient à eux seuls un jour de présence supplémentaire. Tout n'est pas parfait, on aurais bien aimé que les conférences et les tables rondes ne soient pas dans le grand hall, sur une scène, mais dans une salle isolée, dans un endroit plus "cosy". Mais dans l'ensemble, pour le simple visiteur, c'est un sans faute. Bravo aux organisateurs, et à l'année prochaine.

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