7/10La vie en couleur ! - Lyon

/ Critique - écrit par camite, le 30/07/2004
Notre verdict : 7/10 - Et la Lumière fut (haha) (Ecrivez votre critique)

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Lorsqu'il dépose le brevet de l'Autochrome le 17 décembre 1903, Louis Lumière a déjà inventé la plaque photographique instantanée et le cinématographe. Si le procédé permettant de capturer des images en mouvement ne lui a pris que quelques mois en compagnie de son frère Auguste, la façon de retranscrire les couleurs sur photo l'occupera sept ans. Le 30 mai 1904, il présente son invention à base de diapositive sur verre et de fécule de pomme de terre teintée (!) à l'Académie des Sciences. Trois ans plus tard, l'Autochrome arrive sur le marché et remporte un succès logique faute de concurrent. Jusqu'à la fin des années 30 et à l'apparition des procédés couleurs chimiques.

Deux ans après l'exposition de Yann Arthus-Bertrand (La Terre vue du ciel), le Département du Rhône a décidé de remettre ça sur les grilles de l'Hôtel du... Département. Ça tombe bien, l'Institut Lumière a un centenaire à fêter, celui de l'Autochrome. Ni une ni deux, voilà une nouvelle expo en plein air, accessible à n'importe quelle heure et pour pas un sou. Le lieu « ouvert » décidant jusqu'aux plus réfractaires aux musées traditionnels. Les centaines de milliers (au moins) de visiteurs attendus pourront donc contempler des tirages en grand format des premières photographies en couleur jusqu'au 15 octobre.

Beaucoup de photos de la famille Lumière bien sûr, dont des essais pas encore tout à fait au point sur Antoine (le père des deux génies) ou l'impayable Yvonne, fille cadette de Louis très tôt attirée par les bouteilles d'Elixir Mariani. Quelques natures mortes aussi (fleurs et fruits très pratiques pour tester les couleurs) et de nombreux paysages : Evian, Martigues, Monaco, Nice, les neiges de Chamonix... ils ont tout essayé, y compris les torrents de montagne qui passent pour chemins enneigés sur les Plaques Autochromes. Certaines n'ont néanmoins pas grand chose à envier aux photos actuelles (voir Château de la Napoule à Mandelieu).

Pour les Lyonnais, ces images au charme souvent désuet (chapeaux fleuris, ombrelle pour ces demoiselles, moustache pour ces messieurs...) offrent un intérêt typiquement local lorsqu'elles montrent les bords de la Saône en pleine effervescence avec ses plages, parasols et tables de détente (tiens, ça ressemble à un projet urbain en vogue), ou encore les villas de Monplaisir, les pêcheurs de L'île Barbe et les fabricants de marionnettes de type Guignol. Mais les pièces les plus saisissantes de cette collection se trouvent vraisemblablement dans les témoignages historiques de la première guerre mondiale, tour à tour tragiques (Enfants devant une maison bombardée) et cocasses (ce groupe de prisonniers allemands qui posent).

Artistiquement, les amateurs de belles photos devraient aussi trouver leur compte. Avec ses multiples points colorés juxtaposés qui évoquent la peinture pointilliste (la globalité du regard forme couleurs et image), quelques clichés rappellent des tableaux de Monet : La jeune femme et le lilas, Pause d'une promeneuse ou Miroir d'eau, déjà assez aboutie pour l'époque. Quant à Une baigneuse des années folles, il s'agit peut-être de la première photo de mode de l'histoire. Ou du moins du souvenir d'une superbe anonyme aux allures de Venus.

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