L'affiche de l'exposition a quelque chose d'étrangement alléchant. Elle attire le regard, l'agresse presque, avec toutes ces couleurs franches qui se détachent insolemment de la grisaille citadine. Puis vient le titre de l'exposition : « Vlaminck, un instinct fauve ». Le fauvisme. La peinture de la couleur, de l'exubérance, de l'excès... de l'instinct justement. Alors, quand l'instinct se fait fauve, c'est à peine si l'on ose imaginer la violence et l'immédiateté de la peinture qui doit en découler. Et pourtant, comment mieux qualifier les premières œuvres connues de Vlaminck que par ces deux mots ?

La Fille du rat mort, 1905
Instinctif, spontané, Vlaminck l'est
assurément dans les années 1900 à 1907, qui voient naître les œuvres présentées
dans la première partie de l'exposition. Grands aplats de couleurs pures,
violentes, ou au contraire touches épaisses au relief marqué, les tableaux
datant de cette époque révèlent une urgence, une volonté d'agripper l'instant
et de le fixer sur la toile. Vlaminck peint vite, avec la volonté d'aller
toujours plus loin dans l'explosion de la couleur : les rouges et les
bleus, d'une intensité incroyable, sont encore soulignés par l'utilisation de
couleurs plus douces telles que le rose ou le bleu clair, tandis qu'aucun souci
de fidélité au réel ne vient ralentir la progression du peintre. C'est ainsi
que l'on découvre au gré des toiles un saisissant cheval rouge, des arbres
bleus ou encore des rues jaunes. Quelle importance si le motif est simplement
esquissé, réduit à sa plus simple expression ? (Voir notamment ses
portraits de femmes, constitués de traits grossiers et approximatifs.) Ce que recherche Vlaminck en premier lieu, c'est susciter l'émotion, faire appel à la
sensibilité plus qu'à l'intellect. 
Les Ramasseurs de pommes de terre, 1905En témoigne le tableau Fleurs, Symphonie en couleur, dont le titre parle de lui-même :
il y a quelque chose de musical, de viscéral et de lyrique dans la peinture de
Vlaminck. La dynamique, l'intensité et l'énergie qu'il insuffle à ses tableaux ne cessent d'émerveiller.
Le succès de ces premiers
tableaux, repérés par le marchand Ambroise Vollard, permet enfin à Vlaminck de
vivre de sa peinture. Dès 1907 pourtant, Vlaminck et les fauves commencent à
ressentir les limites de ce mouvement extrême, presque outrancier dans l'usage
de la couleur : Vlaminck déclare « je souffrais de ne pouvoir frapper
plus fort, d'être arrivé au maximum d'intensité, limité que je demeurais par le
bleu et le rouge du marchand de couleurs. » C'est la peinture de Cézanne
qui va alors influencer ses œuvres. Recherchant non plus l'intensité de la couleur
mais une nouvelle représentation des volumes et de l'espace, Vlaminck peint des
natures mortes et des paysages, urbains ou non, de la région parisienne, qui
restera toujours son lieu de création favori. Les couleurs s'assagissent (l'influence
de Cézanne sur celles-ci est très nette), les formes deviennent plus
géométriques, la composition des tableaux plus raisonnée. 
Nature morte au couteau, 1910Alors qu'une majorité
de fauves se tournent vers le cubisme, Vlaminck refuse d'abandonner totalement
l'art figuratif. Sa nouvelle approche surprend, et si elle touche moins
directement l'observateur, on n'en
demeure pas moins conquis par cette représentation de l'espace inédite jusqu'alors,
et par cette perspective complètement faussée et déstabilisante.
Clairement divisée en deux grandes périodes, l'exposition met également à l'honneur de nombreuses céramiques qui ont vu le jour grâce à la collaboration de Vlaminck et du faïencier André Metthey. Une autre manière de découvrir l'art de Vlaminck, et de belles surprises en perspective.
C'est ici que se termine l'exposition Vlaminck, un instinct fauve : cette dernière n'a pas prétention à l'exhaustivité et ne présente pas les œuvres du peintre postérieures à 1915. Elle a cependant l'immense mérite de faire découvrir au public l'évolution très nette de son œuvre, des premiers tableaux violemment colorés aux paysages à la perspective déformée. Demeuré dans l'ombre de Matisse et de Derain, dont il était très proche, Vlaminck fait pourtant figure de précurseur du fauvisme, et son importance dans le développement de ce mouvement est loin d'être négligeable. L'exposition du Musée du Luxembourg est donc là pour remettre les pendules à l'heure, et ce n'est que justice.
Danorah []

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