5/10Vraoum !

/ Critique - écrit par riffhifi, le 24/06/2009
Notre verdict : 5/10 - Pouf (Ecrivez votre critique)

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Bande dessinée et art contemporain se télescopent dans cette exposition sans réellement faire d'étincelles, la faute à une approche trop fourre-tout pour être vraiment pertinente.

Relayée par le dernier hors-série de Beaux Arts Magazine, l'exposition Vraoum ! a ouvert ses portes à la Maison Rouge le mois dernier. Consacrée à la bande dessinée, celle-ci ne semble pourtant pas réaliser qu'elle utilise le nom d'une collection créée par le petit éditeur Warum il y a un peu plus d'un an. L'élitisme presque obligatoire d'une telle démarche à portée généraliste, qui contraint finalement à ne présenter qu'un échantillonnage d'œuvres déjà connues, n'est pas forcément son plus gros défaut.

Tintin by Hergé
Tintin by Hergé
Dans les premiers mètres, on croise quelques originaux de Gotlib (une Rubrique-à-Brac) et Solé (une planche de Superdupont), une peinture de Jochen Gerner issue de son album TNT en Amérique (un cache noir appliqué sur les pages de Tintin en Amérique pour ne laisser émerger que quelques mots-clés, top concept), un dessin de l'artiste Jean-Michel Basquiat et une statue de Mickey stylisée signée Fabien Verschaere. Un soupçon de perplexité pointe déjà : de quoi est-il exactement question ? De l'hommage rendu par les artistes contemporains à l'univers de la bande dessinée ? De l'Histoire du Neuvième Art ? De l'examen de ses mécanismes, de ses courants ? Des mythologies qui lui sont associés et des rapports qu'elle entretient avec la société ? Aucune réponse ne s'esquisse à la visite de l'exposition, simplement organisée en espaces affublés des titres suivants : Les pionniers de la bande dessinée, Far West, Ann Lee, Bestioles et créatures, Walt Disney Productions, Hergé et la ligne claire, Mangas, S.F., Gags à gogo, Gredins et chenapans, Pictural, A fond la caisse, La rencontre des héros, Super-héros et L'Enfer. La seule volonté que l'on distingue est celle de "tout" couvrir, un objectif gonflé et bien entendu impossible. Les thèmes alternant allègrement les critères chronologiques, thématiques, stylistiques et géographiques, on se doute que la principale préoccupation n'était pas de proposer un voyage cohérent qui amène le visiteur d'un point A au point Z d'un parcours balisé.

Mais qu'importe après tout la rigueur de la construction, pourvu qu'on y comprenne quelque chose. Ici, il convient de s'accrocher au mini-fascicule de 22 pages donné à l'entrée, car il constitue la seule véritable source d'information. Les œuvres elles-mêmes ne sont accompagnées que de la plaque réglementaire qui indique le titre, L'hospice, de Gilles Barbier
L'hospice, de Gilles Barbier
le nom de l'artiste et la date de réalisation. Démerden Sie sich. Alors oui, on comprend bien pourquoi les originaux de Lucky Luke cohabitent avec ceux de Blueberry, on saisit que les créations Disney ont inspiré bon nombre d'artistes aux idées parfois surprenantes (la crucifixion de Donald sur une couenne de porc, la tête de Mickey mangée par un gars construit en allumettes...), et on accepte volontiers que Félix le chat, Garfield et le Chat de Geluck soient présentés comme appartenant à une même famille de personnages. Mais on aurait aimé en savoir plus (ou disons, en savoir au moins un tout petit peu) sur les coulisses de la création, sur la vision des artistes. Que les auteurs de bd, les peintres abstraits et les sculpteurs conceptuels soient juxtaposés, pourquoi pas, mais leurs démarches respectives méritaient des éclaircissements, ou des pistes d'exploration ! La dernière salle, consacrée en principe à l'érotisme (et interdite d'accès au jeune public, alors que certaines œuvres précédentes présentaient impunément de larges nichons en plein air), compte également des œuvres sans aucun caractère licencieux comme une statue de Batman sous cape (à moins qu'il ne cache un gros machin dessous, qui constituerait le concept de l'œuvre).

Si l'on parvient à faire abstraction des points ci-dessus, on se plaira néanmoins à découvrir bon nombre de curiosités, un paquet de planches originales dessinées par des artistes majeurs de la bande dessinée (chic, y a Jacovitti, dont on découvre autre chose que l'excellent mais sempiternel Zorry Kid), et un mur où chacun pourra laisser sa propre marque sous la forme d'un dessin à la craie et d'une réplique dans une bulle. Quant au catalogue de l'expo, dispensé au prix de 35 euros, il ne contient quasiment aucun texte explicatif et se contente de reproduire les œuvres vues... dont beaucoup figurent déjà dans le Beaux Arts cité précédemment, actuellement en vente en kiosques. Pour 6.90 euros, avec des vrais textes généraux mais instructifs dedans.

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