Un pas de côté, au théâtre de la Renaissance
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Critique
- écrit par jaiina, le 18/01/2026
Une pièce sur la tentation amoureuse racontée avec délicatesse et teintée d'humour.
Résumé:
Aux premiers jours du printemps, Catherine et Vincent font connaissance en déjeunant sur le même banc public. Tous les deux sont mariés mais ils prennent l’habitude de s’y retrouver, de parler, de rire, de se confier l’un à l’autre.
Pour ces deux quinquagénaires, ces rencontres sont une bouffée de fraîcheur et de charme. Mais jusqu’à quand le charme va-t-il opérer ? Et quand on est bien installé dans sa vie, jusqu’où est-on capable de s’aventurer ? Ce banc sera t-il un tournant ou une simple parenthèse ? Le couple Carré Campan de retour après le triomphe de La Dégustation.
Notre avis:
Le point de départ de "Un pas de côté" pourrait sembler des plus classiques : deux inconnus se retrouvent régulièrement sur un banc public. Lui écoute sa musique trop fort, elle tente de lire. L’agacement est immédiat, les échanges un peu secs. On croit deviner la suite avant même qu’elle ne s’écrive : la discussion, la curiosité, l’attirance, peut-être plus. Pourtant, la pièce déjoue rapidement ces attentes. Ici, rien ne se précipite. Les liens se tissent lentement, dans une écriture tout en nuances qui laisse émerger une tendresse discrète, non dénuée d’humour. Le texte comme le jeu évitent habilement le coup de foudre théâtral. Cette absence de spectaculaire fait précisément la force du spectacle.

Crédits : Fabienne Rappeneau.
La narration alterne avec justesse entre ces rendez-vous sur le banc et des fragments de la vie quotidienne de Vincent et Catherine. Vincent, 57 ans, est marié et traverse une période de doute. Il refuse l’idée du vieillissement, peine à se projeter vers la retraite et se sent déstabilisé par les projets très concrets de sa femme, notamment cette envie de pavillon en banlieue qui lui renvoie une image de lui-même qu’il peine à accepter.
Catherine, de son côté, vit avec un compagnon dépressif qu’elle soutient avec une grande loyauté. Elle avance avec prudence, soucieuse de ne pas fragiliser un équilibre déjà précaire.
Tous deux semblent attachés à leurs habitudes et à certaines valeurs, peu enclins, a priori, à s’autoriser une échappée hors du cadre. C’est précisément dans cette réserve que la pièce trouve sa justesse. Les dialogues laissent affleurer les hésitations, les silences et les non-dits, avec une grande délicatesse.
La mise en scène accompagne cette évolution avec intelligence. Le décor, très soigné, fait coexister le banc du parc et l’appartement de Vincent (un peu moins celui de Catherine) tandis qu’un écran en arrière-plan fait défiler les saisons. Le duo Campan / Carré fonctionne à nouveau à merveille. Leur complicité, déjà perceptible dans "La Dégustation", apporte une finesse de jeu et une sincérité qui rendent ces personnages profondément attachants.
Krinein recommande cette pièce pour la finesse avec laquelle elle aborde le désir, les sentiments et ces petits écarts qui viennent questionner nos choix de vie.

Crédits : Fabienne Rappeneau.
Informations pratiques:
- Théâtre de la Renaissance,
- 20, Bd Saint-Martin, 75010 Paris
- Du mercredi au samedi 19h, Samedi 16h30, Dimanche 17h
Mise en scène : Anne Giafferi
Avec : Isabelle Carré, Bernard Campan, Hélène Babu ou Muriel Combeau, Kelly Gowry, Stanislas Stanic, Pierre-Antoine Suarez