Walt la Folie DISNEY, au Lucernaire
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Critique
- écrit par jaiina, le 16/12/2025
Un seul-en-scène captivant qui explore l’univers de Walt Disney, entre ambition, génie et obsession !
Résumé :
Qui était Walter Elias Disney ? Certainement, l’homme le plus méconnu de la terre. Un nom controversé, adulé, incompris… Coincé entre la vie et l’imaginaire, Walt avait un rêve : marquer l’histoire et offrir ses lettres de noblesse au cartoon. Prêt à tout pour atteindre le sublime, il a frôlé le divin et a touché la folie. Son histoire, comme celle de tous les génies, intrigue et fascine le monde entier. Cette pièce déroule le processus de création de Blanche Neige, long, douloureux, semé d’obstacles, dans lequel il s’est engagé avec ses studios, un peu comme on emprunte une voie sans issue, avant de trouver la voie royale.
Notre avis :
Qui était vraiment Walter Elias Disney ? Comment a-t-il révolutionné le monde de l’animation (et bien plus encore) ? Qu’est-ce qui le poussait à aller toujours plus loin ? Ce seul-en-scène tente d’apporter des réponses à ces questions, avec intelligence et humour.
La pièce s’articule autour d’un jeu très physique et visuel, qui atteint son apogée lorsque le comédien Clément Vieu, remarquable dans ce spectacle, mime l’histoire de Blanche-Neige en quelques minutes face à un banquier. Par le corps et le mouvement, il fait exister tout cet univers, avec humour et acuité. Sa force de conviction et son engagement apparaissent alors comme inébranlables. Il est totalement habité par son oeuvre !
Crédit: Fabienne Rappeneau.
Autre moment marquant : son discours devant les encreuses, une fois le film quasiment achevé, n’a rien à envier à celui d’un leader galvanisant une foule. Son exigence devient de plus en plus extrême, tant il peine à voir ses collaborateurs parvenir à mettre en images (et en musique) sa vision singulière. Walt se révèle peu à peu tyrannique, obsédé par la perfection, prêt à aller très loin pour mener son projet à bien, sans compromis. Ses collaborateurs n'ont pour choix que la dévotion totale ou la porte.
Le spectacle apporte également de nombreux éclairages sur la fabrication de ce film. On mesure l’ampleur du pari tenté, envers et contre tous (y compris son frère Roy, gestionnaire du studio) : le budget initial de 250 000 dollars qui dépassera finalement 1 200 000, la mise au point d’une caméra spécialement conçue pour le projet ou encore une succession de défis techniques. Il ira même jusqu’à faire venir des animaux au studio afin que les animateurs se rapprochent au plus près du réel. Ces éléments donnent une réelle épaisseur au récit et permettent de mieux comprendre l’acharnement du personnage.
Par touches successives, l’homme apparaît derrière le créateur. On perçoit ses blessures, notamment liées à la figure paternelle, ainsi que cette rigueur poussée à l’extrême qui structure autant son œuvre que sa vie. Le spectateur assiste également à un paradoxe intéressant : Walt souhaite réaliser un film moderne et familial, loin des clichés de son époque, mais pour y parvenir, il décide de s'éloigner peu à peu de sa propre famille, tant il est absorbé par son travail. Une tension discrète mais efficace, qui traverse l’ensemble du spectacle.

Crédit: Fabienne Rappeneau.
Enfin, si le décor apparait de prime abord épuré, il se révèle finalement très fonctionnel. L’atmosphère de l’époque est bien restituée, à travers les costumes, les gestes et quelques accessoires soigneusement choisis (chapeau, whisky).
En somme, Krinein a été séduit par ce spectacle, qui montre avec finesse et intelligence comment le rêve artistique peut, à force d’exigence, devenir une obsession.
Informations pratiques :
Théâtre Le Lucernaire,
53 rue Notre-Dame-des-Champs, 75006 Paris
De Fanny Dupin et Damien Maric
Mise en scène Victoire Berger-Perrin
Mercredi > samedi 19H| Dimanche 15H30