8/10Les Fables à la Fontaine

/ Critique - écrit par Lilly, le 27/04/2006
Notre verdict : 8/10 - Un projet réussi (Ecrivez votre critique)

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Qui n'a pas appris par coeur une fable de La Fontaine ? Annie Selem, la Petite Fabrique, a décidé d'honorer cette mémoire collective en proposant à 12 chorégraphes d'horizons variés de travailler sur des fables différentes. Un panel de 12 pièces, soit 12 angles de vue, 12 manières d'aborder l'oeuvre de Lafontaine, 12 interprétations personnelles, sont disponibles pour les programmateurs qui choisissent d'en présenter le nombre désiré et qui les enchaînent à leur gré. Plutôt destinées à un public jeune, les Fables à la Fontaine, comme les Fables de Lafontaine possèdent un feuilleté de strates à gratter plus ou moins profondément selon nos âges. C'est en séance scolaire qu'il nous a été donné de voir le triptyque qui nous intéresse ici.Une ouverture aux fables en même temps qu'à la danse sous toutes ses coutures.

La C et la D de la F
Compagnie Herman Diephuis
D'après la Cigale et la Fourmi

Décalée et légère cette fable met en scène une ménagère-fourmi et une rock star mâle cigale. Des extraits de la fable sont accrochés, pendus par des épingles à des fils à linge, saupoudrés sous forme de farine sur le plancher, libellés à la craie...La fourmi avale le texte, s'y frotte, l'aspire, le roule, pendant que la cigale le chante, manière disco déjanté. Duo frais et drôle, travaillant plus sur le décalage que sur la danse à proprement parler, c'est une manière gaie et positive d'appréhender la fable. La Cigale et la fourmi forment un couple de danseurs détonnant, avec une fourmi maladroite et boudeuse et une cigale beau parleur et meneur. La chorégraphie est simplement humoristique.

Rien de trop
Chorégraphie : Danièle Desnoyers

Les enfants ne font pas semblant. Quand un spectacle leur déplaît, ils hurlent et le huent. Voilà qui est fait pour Rien de trop. Danse abstraite par excellence Rien de trop nous laisse pantois quand on ne connaît pas la fable de la Fontaine, fable des moins connues qui plus est. Il est question d'écologie, ainsi des petits sapins sont disposés et manipulés sur le plateau. Il est question de mouton dévastateur, de loups assassins et d'hommes meurtriers. Mais celui qui n'a pas lu la fable et ne sait pas son thème se retrouve face à un drôle de spectacle : deux interprètes colorées se positionnent tout d'abord en nez de scène et récitent rapidement, et disons le, inextricablement, la fable. Par la suite elle évoluent entre les sapins, slalomant dans des duos complexes ou des jeux de jambes répétitifs, se métamorphosant en mouton puis en loup. Elles déplacent les sapins, les séparent, les regroupent, elles imitent des comportements animaliers, elles évoluent dans cet univers forestier. Et soyons francs comme les enfants l'ont été : on n'y comprend rien.


Le propos chorégraphique est pourtant intéressant, les déplacés sont complexes, le jeu entre les 2 interprètes fonctionne bien, la danse est inventive et technique. Il semble donc que la faille soit ailleurs : le lien entre la danse et la fable n'est pas assez clair. Ce n'est qu'après le spectacle que les danseuses expliquent aux enfants lors d'une discussion que la chorégraphe est canadienne, qu'elle dispose d'un imaginaire qui ne nous est pas familier, que certains clins d'oeil ne peuvent pas être compris sans culture canadienne, que la déforestation lui tient à coeur. Bilan : une jolie expression corporelle et une envie de transmettre un message qui pourtant ne passe pas.

Le chêne et le roseau
Chorégraphie : Mourad Merzouki

On retrouve avec plaisir la compagnie Käfig, déjà présentée pour le spectacle Terrain Vague. Le chêne et le roseau, la résistance et la souplesse, la force et la ruse, c'est un peu le lièvre et la tordue finalement, celui qui part avec le moins d'attributs naturels gagne. Le schème est simple et Mourad Merzouki sait en tirer parti à merveilles. Le hip hop est marqué par cette dichotomie : les mouvements saccadés et puissants d'une part, et la souplesse et l'agilité d'autres parts. Nous avons donc sur le plateau un danseur plantureux vêtu de marron et raide comme un ... chêne, et en arrière plan une brindille nerveuse et verte. Le grand nargue le petit, le petit ne bronche pas, jusqu'à l'arrivée du vent. Le vent est léger et arrive en rafales de figures hip hop, il danse entre les deux autres et finit par briser le chêne.
Partant de cette idée, Mourad Merzouki exploite les expressions corporelles opposées de ses danseurs. La chorégraphie surprend et épate de technicité, de poésie et de finesse. La bande son est génialement légère et rythmée. Les costumes et la lumière correspondent au reste : sommaires et puissants. Le tout est extrêmement cohérent, les voix disent la fable que vient illustrer la danse, sans lasser de redondance mais bien en visitant les relations entre les personnages, végétaux, entre les contraires.
Une très jolie fable et un spectacle concentré et réussi. Le hip hop parle à nos contemporains, les danseurs ont plaisir à être là et ça ne trompe pas. On ne le dira jamais assez : l'esthétique hip hop a su évoluer en flirtant avec la danse contemporaine, en élevant son niveau poétique sans détériorer l'engouement du public. Le hip hop plie et ne rompt pas.

des extraits de la musique du spectacle sont en écoute sur le site de la compagnie

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